Sirop de cassis

Aujourd’hui, il fait très chaud. Solène, qui joue dans le jardin, rentre en trombe dans la cuisine. Elle ouvre le réfrigérateur, prend la carafe d’eau bien fraîche et cherche le sirop de cassis, mais sans le trouver.

« Où est-il ? se demande-t-elle, il était pourtant là hier. »

Solène se contente d’un verre d’eau puis retourne jouer dehors. Le jardin est vaste et se poursuit jusqu’au bord d’une petite rivière toute propre qui coule à l’ombre de grands arbres.

Juste au bord de l’eau, elle aperçoit son petit frère Cyrille en train de tenir quelque chose.

— Mais on dirait la bouteille de sirop ! murmure Solène.

Elle s’approche, c’est bien ça… Mais Cyrille est en train de verser le sirop par terre dans l’herbe !

Solène bondit vers son petit frère.

— Qu’est-ce que tu fais encore comme bêtise ?

— Rien ! Juste une expérience.

— Avec du sirop de cassis ?

— Oui, on m’a dit qu’on pouvait attirer des fourmis avec du sirop. Regarde, c’est vrai !

Solène observe avec attention. Effectivement, de nombreuses fourmis minuscules s’agglutinent autour du sirop, attirées par le sucre. Elle se laisse prendre par le spectacle durant quelques minutes. Les fourmis vont et viennent, s’affairent sans cesse. On dirait même que certaines repartent prévenir les autres.

Mais soudainement, Solène est distraite par Cyrille qui vient de saisir un pot de verre rempli d’une chose grisâtre.

— Qu’est-ce que c’est ?

— De la cendre que j’ai récupérée dans la cheminée, dit Cyrille en la faisant tomber sur le sirop.

— Mais arrête, c’est dégoûtant ! Pourquoi mets-tu ça sur le sirop ?

— C’est encore une de mes expériences. Je voudrais voir ce que ça fait, de la cendre mélangée au sirop !

Et avec ses mains, il étale la cendre sur le sirop de cassis. Ses mains sont grises et gluantes.

Il regarde de plus près ses deux mains collantes et les approche de son visage. Que va-t-il faire ? Brusquement, il commence à goûter le mélange couleur de boue. Il a l’air de trouver ça bon, car voilà qu’il lèche ses mains.

Solène, qui s’était éloignée un instant, n’a pas eu le temps d’intervenir ! Le bambin est déjà tout barbouillé. Ses mains, son visage sont couverts du mélange de sirop et de cendre. Il est tout sale, tout collant et il continue !

Quand elle voit Cyrille ainsi, Solène n’y tient plus. Elle le saisit sous les bras et s’approche de la rivière.

— Ça suffit maintenant !

Elle le plonge dans l’eau pour le laver. Elle le lâche sur l’herbe dès qu’il est propre.

Cyrille, trempé, dégoulinant d’eau, court à toute vitesse vers la maison en hurlant :

— Maman, maman !

Solène le regarde courir un instant, puis elle récupère la bouteille de sirop vide en murmurant, avec un petit sourire :

— Lui qui aime les expériences, il se souviendra de celle-ci, j’en suis sûre !

Arrête de te plaindre !

Je me plains souvent. Pourtant, je n’y vois aucun mal. Même si Maman me dit régulièrement : « Sophie, arrête un peu de te plaindre ! », ça n’y change rien.

Je me plains pour toutes sortes de choses : le temps qu’il fait, quand il faut se lever le matin, quand il faut attendre dans le froid le car pour aller à l’école, quand il y a un cours que je n’aime pas bien, quand il y a un service à rendre…

Mon rêve, ce serait d’avoir un endroit calme où je pourrais faire tout ce que je veux, quand j’en ai envie !… Une sorte d’île déserte où l’on ne viendrait plus m’ennuyer en me forçant à faire des choses qui ne me plaisent pas…

Bref, je ronchonne beaucoup ; les occasions de se plaindre sont tellement nombreuses !

Et puis un jour, l’année de mes onze ans, quelque chose m’est arrivé : des douleurs persistantes au ventre. Maman prend tout de suite rendez-vous avec le médecin : il diagnostique une appendicite aiguë !

Je suis conduite d’urgence à l’hôpital et opérée.

Deux jours plus tard, retour à la maison. Une période de convalescence commence. Elle doit durer au moins une dizaine de jours…

Je me retrouve dans ma chambre, couchée la plupart du temps, surtout au début. Maman est aux petits soins pour moi, comme le reste de la famille d’ailleurs.

Elle m’apporte dès le matin mon petit déjeuner sur un plateau en ouvrant les rideaux pour que le soleil entre dans la pièce. Après, en attendant le repas de midi, je peux faire tout ce que je désire, excepté me lever trop longtemps, surtout dans les premiers jours.

Finalement, j’ai un peu obtenu ce que je voulais avant. On ne m’impose plus aucune corvée : plus de rangement de chambre ! Plus de vaisselle ! Plus de nettoyage !

J’occupe mes journées exactement comme je veux.

Faire tout ce que je désire, sans contraintes, m’avait toujours semblé l’idéal. Eh bien, je me rends compte que c’est tout le contraire, vraiment le contraire !

Pourquoi ? Eh bien, d’abord, parce que je commence à m’ennuyer ; ce genre de vie n’est pas si agréable que ça ! On se sent inutile, on laisse tout faire aux autres…

Chaque jour, ma plaie se cicatrise un peu plus et je vois avec plaisir le moment où je vais pouvoir courir de nouveau et tout faire comme avant !

J’ai aussi réfléchi durant ce petit temps de repos imposé… et j’ai même presque arrêté de me plaindre ! Maman l’a remarqué.

Ce que j’ai compris ? Eh bien, je crois que tout participe à la vie, les moments de détente comme les corvées, la pluie comme le soleil, les temps où l’on peine sur les devoirs comme les temps de récréation… L’un ne va pas sans l’autre.

Bref, depuis cette maladie, je me plains beaucoup moins… mais cela m’arrive encore, et même peut-être trop souvent, me dit maman ! Pourtant quelque chose a changé : dans ces moments-là, je repense à tout ce que j’ai appris, couchée sur mon lit à onze ans… et je me remets alors à sourire à la vie !

Âge bête

Alicia aime bien parler avec son grand-père. Ce jour-là, ils sont assis sur la terrasse devant la maison.

— C’est dur au collège en ce moment ! dit Alicia.

Son grand-père, qui est assis sur un vieux fauteuil de rotin, se tourne vers elle, l’air inquiet.

— Pourquoi ?

— À cause de deux garçons de ma classe de cinquième : Raf et Totor, euh… je veux dire Rafaël et Victor… Ils font toujours les idiots ! Un moment, ça va, mais à longueur de temps, c’est pénible !

— Rafaël et Victor font les idiots ? C’est-à-dire quoi exactement ?

— Eh bien, ils font du bruit avec les tables, ils laissent tomber des affaires par terre… Ils disent des blagues bêtes…

— Ils ricanent bêtement… Ils écrivent des bêtises sur des bouts de papier, poursuit le grand-père, c’est bien ça ?

— Oui, exactement !… Bref ! J’en ai marre de Raf et Totor ! Et je ne suis pas la seule !

— Est-ce que tu les as connus les années précédentes ?

— Oui, on est ensemble depuis le CM1 au moins.

— Et ils étaient comment au CM1 ?

— Oh ! Raf était mignon, tout sage avec ses cheveux noirs bouclés. Totor était parfois un peu agité, mais il était content d’apprendre…

— Ils ont donc bien changé !

— Oh oui, si tu les voyais maintenant !

— Raf et Totor sont donc en plein âge ingrat, ce qu’on appelle aussi l’âge bête !

— C’est quoi, l’âge bête ?

— Ça arrive quand on passe de l’état d’enfant à l’état d’adulte, on ne sait pas trop où l’on en est… On se cherche, ce n’est pas une période facile…

Après un instant, comme s’il se remémorait ses souvenirs, le grand-père reprend :

— Oui, c’est même une période bien difficile pour certains, et pour leur famille aussi, car on découvre que les parents sont loin d’être parfaits et qu’ils ont aussi leurs défauts, comme tout le monde… Alors, on écoute plus les copains, on fait comme eux en pensant que ses parents ont tort et qu’ils ne comprennent rien… parce qu’on se croit très malin ! Tu comprends ça ?

— Bien sûr, mais continue, répond Alicia.

— Eh bien, tous ne vivent pas cette période de la même façon, reprend le grand-père en se calant confortablement dans son fauteuil.

Écoute, je vais te raconter un souvenir de mon âge bête, j’avais à peu près 13 ans… Bon, un jour, j’apporte un pistolet au collège, un faux, bien sûr, en plastique… mais il tirait quand même de petits plombs avec de l’air comprimé, à l’aide d’un ressort…

Bref, devant les copains, je fais le malin avec mon pistolet. Je me mets dans un coin de la cour, loin des surveillants, et je tire dans le tronc d’un arbre : le plomb s’est enfoncé dans l’écorce.

D’autres élèves arrivent pour voir. On me demande de recommencer à tirer.

J’étais un héros avec mon pistolet ! Je bravais l’école et tous ses règlements…

Et là, le grand-père se met à rire comme s’il était revenu à cette époque passée. Un petit rire qui augmente et qui le secoue tout entier en faisant trembler son fauteuil.

Puis le grand-père reprend, le sourire aux lèvres et les yeux brillants :

— Remarque, ça s’est mal terminé ! Avec tout le monde autour de moi, un surveillant vient voir ce qui se passe. Il me confisque d’abord mon pétard. Convocation des parents et tout le reste… On ne m’a pas renvoyé parce que j’étais un bon élève par ailleurs…

Le grand-père est de nouveau secoué par de gros rires et son vieux fauteuil de rotin tremble dangereusement dans tous les sens.

Et crac ! Brusquement, le fauteuil se casse et le grand-père se retrouve par terre… Heureusement sans mal !

Cette fois, c’est Alicia qui a le fou rire, puis elle remarque :

— Toi, de repenser à cet âge-là, ça te fait du bien. Il y a longtemps que tu n’as pas ri comme ça !

— C’est vrai ! dit le grand-père en se relevant.

Et avec un petit sourire, Alicia conclut :

— Finalement, l’âge bête, ce n’est peut-être pas toujours aussi bête qu’on le dit !

Je suis nul en anglais !

Maman s’inquiétait souvent en voyant mes notes d’anglais et me disait :

— Pierre, qu’est-ce que tu fais en anglais ? Tu travailles au moins ? 

 Et puis je crois que par la suite, elle en a pris son parti, car j’ai quand même des résultats satisfaisants dans les autres matières. Moi, de mon côté, je me dis qu’on ne peut pas être bon partout !

J’ai toujours été très faible en anglais, avec beaucoup de mauvaises notes ! J’ai peut-être pris un mauvais départ avec cette langue.

Il m’arrive de regarder avec envie les autres élèves de ma classe qui savent déjà parler à peu près correctement anglais. Moi, quand vient mon tour, je m’exprime toujours lamentablement ! L’accent n’y est pas, les mots ont du mal à sortir de ma bouche, et le professeur est obligé de m’aider sans cesse…

Et ce qui est dur maintenant, quand je parle anglais en classe, c’est que tout le monde se met à rire, comme si j’étais un nul !

Alors, je redoute les cours d’anglais et je reste discrètement dans mon coin en espérant qu’on ne m’interrogera pas. D’ailleurs, on me sollicite de moins en moins. Moi, de mon côté, je me garde bien de lever la main pour intervenir.

À peu près au milieu de l’année scolaire, Victoria arrive dans notre classe. C’est une Anglaise dont les parents viennent de s’installer dans notre ville.

Victoria a des yeux clairs et quelques taches de rousseur. Elle parle assez bien le français, mais avec un drôle de petit accent qui déforme les mots et me fait sourire à chaque fois.

Les cours d’anglais ont changé depuis que la jeune Anglaise est arrivée. On lui demande de temps en temps d’intervenir ; évidemment, elle parle merveilleusement bien sa langue.

Un mardi matin, durant le cours d’anglais, je suis comme d’habitude dans mon coin, immobile, et cherchant à me faire oublier. Soudain, le professeur m’interroge :

— Pierre, lis la question de l’exercice 3 et essaye d’y répondre.

Ah, il faut que ça tombe sur moi ! Mais il fallait s’y attendre, ça fait longtemps que je n’ai pas été interrogé. Je suis inquiet. Je jette un petit coup d’œil du côté de Victoria. Elle me regarde… C’est la première fois qu’elle va m’entendre parler anglais. Que va-t-elle penser de moi ?

Je me lance avec courage et je lis deux ou trois mots avec difficulté. Je lève la tête et je vois que les autres commencent à sourire en m’entendant. Je continue comme je peux, puis je m’arrête… Le prof est obligé de m’aider. Je reprends la parole, mais je m’embrouille encore plus quand j’entends des élèves ricaner autour de moi…

Alors je m’arrête définitivement, et le prof donne la parole à quelqu’un d’autre.

Pendant tout ce temps, j’ai senti les yeux de Victoria qui se posaient sur moi. Mais elle ne riait pas, elle semblait même ennuyée pour moi.

Lorsque la récréation arrive, Victoria vient me trouver. Elle me parle de mes difficultés avec son drôle de petit accent qui me fait toujours sourire.

Et puis, elle propose même de m’aider ! Bien sûr, j’accepte. Et c’est comme ça que je retrouve Victoria une ou deux fois par semaine, soit chez moi, soit chez elle.

Au bout d’un mois, j’ai déjà fait des progrès étonnants, ma prononciation est toute différente.

En fin d’année, j’ai tellement pris d’assurance que j’interviens comme les autres dans le cours d’anglais. L’année suivante, je suis même devenu l’un des meilleurs de la classe dans cette langue.

En repensant à tout cela, je comprends que Victoria m’a appris quelque chose de bien plus important que l’anglais pour ma vie ! Car, à chaque fois que je suis en échec, je me dis : « Et si ce n’était qu’un obstacle à surmonter ? Moi, je suis capable d’y arriver, comme les autres ! »

Salade et balade

— Nathan, va à la ferme chercher une salade ! demande sa maman qui est très pressée.

Nathan ne se le fait pas dire deux fois. Il adore se balader avec son nouveau vélo. Et hop, le voilà parti sur la petite route goudronnée qui passe derrière son jardin.

En cinq minutes, il arrive et distingue devant lui les bâtiments de la ferme.

Le fermier, assis sur son gros tracteur, se prépare à partir. Nathan s’approche et parle très fort, car le moteur du véhicule fait beaucoup de bruit. De plus, le fermier n’est plus tout jeune, il est dur d’oreille et n’entend pas toujours bien.

— Bonjour monsieur ! crie Nathan.

— Bonjour petit !

— Je voudrais une salade, dit Nathan.

— Parle plus fort, je ne t’entends pas !

— Je voudrais une salade ! Une salade ! crie Nathan.

— Une balade ? dit le fermier qui entend toujours aussi mal. Une balade en tracteur ! Tiens, monte !

Et le fermier prend Nathan sous les bras, le soulève et le fait asseoir à côté de lui, sur un tout petit siège.

Nathan est très étonné, mais il se dit : « Chic ! Une balade en tracteur. »

L’homme fait rouler le tracteur sur le chemin et Nathan est vraiment très content de cette promenade improvisée. Au bout d’un moment, le fermier s’arrête à l’entrée d’un champ pour voir ses vaches. Puis il remonte sur sa machine.

Nathan lui demande alors s’il peut conduire un petit peu le tracteur au retour. Le fermier est d’accord pour un court moment, mais en restant bien à côté de lui, prêt à reprendre le volant au moindre danger.

Nathan est content, très fier, car il conduit le tracteur tout seul sur quelques dizaines de mètres.

De retour, le fermier arrête le moteur. Nathan saute du tracteur et dit :

— Merci beaucoup pour la balade, mais j’allais oublier, maintenant il me faudrait une salade.

— Une salade ? Tu ne pouvais pas le dire plus tôt ! Allez viens.

Et le fermier entraîne Nathan dans le champ à côté et cueille une salade.

Puis Nathan reprend son vélo et rentre à la maison.

— Tu as été bien long ! dit sa maman.

— C’est magique maman !

— Qu’est-ce qui est magique, Nathan ?

— Une salade qui s’est transformée en balade !

La collection de Léo

Léo est soigneux. Il a patiemment constitué sa petite collection d’automobiles miniatures. Il en a de toutes sortes : des anciennes et des nouvelles, des voitures de sport ou des voitures familiales, de toutes les couleurs et de toutes les formes.

Il en possède bien une quinzaine maintenant. Toute sa collection est disposée sur plusieurs étagères de sa chambre.

Au collège, Max lui a déjà demandé plusieurs fois :

— Tu me la fais voir, ta collection ?

— Je ne peux pas l’apporter ici, quand même ! répond Léo à chaque fois.

Mais aujourd’hui, Max a convaincu Léo qui a accepté :

— D’accord, j’apporterai trois petites voitures cet après-midi…

L’après-midi arrivé, durant la récréation, Léo déballe ses trésors : trois petites autos miniatures étincelantes. Tous s’approchent et admirent. Mais bientôt, chacun veut observer les maquettes de plus près. On se les passe de main en main. Le ton monte, certains se plaignent de ne pas les avoir vues.

Léo a la gorge serrée en voyant passer ses petites autos, sans ménagement, de l’un à l’autre.  Elles sont si fragiles ! Alors, il s’exclame :

— Bon, ça suffit maintenant ! Rendez-les-moi !

Mais sa voix se perd dans le brouhaha et il a bien du mal à récupérer sa collection.

Le soir, Léo est triste. Assis à son bureau, il contemple ses trois petites maquettes. L’une a son petit rétroviseur brisé, l’autre a son pare-chocs déglingué. Enfin, la troisième, une voiture décapotable couleur crème, a sa vitre fendue. Il a eu toutes les peines du monde à la reprendre à Kevin qui ne voulait plus la rendre.

Puis Léo repousse ses petites maquettes abîmées dans un coin et il se met à réviser sa leçon pour le lendemain.

Sur son livre de sciences, il regarde la photo d’un insecte très curieux qu’on appelle un « phasme ».

Qu’est-ce qu’un « phasme » ? C’est un petit insecte qu’on ne voit pas sur un arbre parce qu’il ressemble à un petit bout de bois, à une brindille. On dirait qu’il fait partie de l’arbre ! Et il faut vraiment regarder de près pour apercevoir les pattes du petit animal.

C’est comme cela, en se confondant avec la branche, en faisant croire qu’il n’est qu’un minuscule bout de bois, qu’il échappe à la vue perçante des oiseaux qui pourraient le manger !

Léo, intéressé, continue à regarder son livre : il n’y a pas que les « phasmes-brindilles », on trouve aussi des « phasmes-feuilles ». C’est le même principe, mais ces derniers se confondent avec les feuilles des arbres. Et, s’il se sent menacé, le phasme peut rester complètement immobile pendant plus d’une heure afin de se fondre complètement dans son environnement.

Brusquement, Léo lève le nez de son livre. Le phasme lui a appris quelque chose !

« Il y a des trésors et des secrets que l’on ne doit partager qu’avec ses meilleurs amis ! se dit-il, mais avec d’autres, il vaut mieux être discret et faire comme le phasme. »

Satisfait, Léo ferme son livre de sciences. Il a appris une bonne leçon !

Mon « six cents pattes »

Je l’ai capturé sous les fougères qui bordent le vieux mur de pierres du jardin, mon mille-pattes. Non, je dois dire mon « six cents pattes » ou presque, car il n’a pas mille pattes comme je l’ai découvert.

Il doit faire environ trois centimètres de long. La première paire de pattes, ce sont des crochets contenant du venin, mais sans réel danger pour l’homme. Rien à voir avec la scolopendre des régions méditerranéennes qui peut, elle, atteindre dix centimètres de long et dont le venin est assez dangereux.

Je l’ai d’abord examiné sous mon microscope. J’ai essayé de comprendre comment il faisait pour coordonner les mouvements de toutes ses pattes et pour aller dans la bonne direction… Mais je ne sais toujours pas comment il y arrive.

Puis j’ai tenté de compter ses pattes. Je me doutais bien que « mille-pattes » est une appellation commode, mais approximative, et que ma bestiole n’avait certainement pas mille pattes.

Pas facile de les compter ! En l’immobilisant comme j’ai pu dans une petite boîte transparente, je suis arrivé à recenser à peu près six cents pattes. J’avais presque fini : il ne me restait que très peu à compter, mais je n’ai pas pu continuer, car, profitant du couvercle ouvert, le mille-pattes s’est enfui. J’ai cherché sous mon bureau, sous mon lit, sur les murs, dans tous les recoins, pas de mille-pattes !

Tant pis ! Je suis passé à autre chose. Mais bientôt, j’ai entendu un cri provenant de la chambre voisine, celle de ma sœur Julie.

— Maman ! maman ! Il y a une bête sous mon lit !

Je me suis précipité, pensant tout de suite à mon mille-pattes, mais quand je suis arrivé, il avait disparu. J’ai cherché sous le lit, partout, pendant que Julie me regardait avec les sourcils froncés comme si c’était moi, le coupable. Mais je n’ai rien trouvé et je suis reparti bredouille dans ma chambre tout en entendant les récriminations de Julie :

— Maman, je ne veux plus rester dans cette pièce, il y a un mille-pattes !

— Calme-toi, ma chérie, on le retrouvera bien !

— Mais non, maman ! Dis à Arthur de s’arrêter de s’amuser avec ces bêtes dégoûtantes !

J’ai cru bon d’intervenir en disant que je faisais simplement des expériences avec mon microscope, mais maman m’a coupé la parole en me disant de rejoindre ma chambre.

Qui a effacé mes exercices d’anglais ?

C’est arrivé la semaine dernière, en ouvrant mon cahier d’anglais avant de partir au collège. Je remarque que les exercices 3 et 4, page 37, que madame Kelly nous avait donnés à faire, ont disparu. Effacés ! Pourtant, je les avais bien faits la veille, j’en suis sûre ! D’autant plus que la prof m’avait recommandé : « Clémence, n’oublie pas de faire tes exercices ! »

En observant de plus près mon cahier, je remarque des traces de crayon à moitié effacées, exactement là où j’avais écrit ! Ces traces prouvent que j’avais bien fait mes exercices et qu’ils ont été tout simplement gommés !

Par qui ? Il me faut trouver le coupable.

Je ne vois que mon frère Benoît… Je me promets d’être attentive, mais je ne remarque rien. Pourtant, dès le lendemain, stupéfaction ! C’est un autre de mes exercices d’anglais qui a été effacé : toutes les réponses de l’exercice 10 cette fois ! Et j’observe encore les mêmes traces : on devine, derrière quelques mots mal gommés, ce qui reste de mon travail !

Ce ne peut être que Benoît, il faut que je le surveille, celui-là. Et c’est ce que je fais, en lui tendant un piège le soir même. J’ai laissé mon cahier ouvert avec un exercice fait au crayon bien en vue sur mon bureau, ma gomme étant posée juste à côté. Je passe ensuite devant la chambre de Benoît, en faisant du bruit, pour qu’il voie bien que je suis sortie. Au fond du couloir, je rentre discrètement dans la chambre de mes parents qui est vide. De là, en entrouvrant légèrement la porte, j’ai un bon observatoire pour voir qui pourrait pénétrer dans ma chambre.

J’attends quelques minutes.

Rien n’a bougé.

Puis Benoît quitte sa chambre pour aller sans doute dans le salon. Plus besoin donc de rester à mon poste d’observation. Je rentre alors dans ma chambre, et qu’est-ce que je vois ? Mon exercice à moitié effacé ! Et ma gomme posée à côté.

Que s’est-il passé ? Ce n’est pas Benoît, mais alors qui, puisque personne n’est entré dans ma chambre ?

Je ne vais quand même pas suspecter ma gomme : c’est absurde ! Mais sinon, qui d’autre ? Je regarde encore une fois la gomme immobile et je réfléchis. L’exercice n’est pas tout à fait effacé. Alors je me dis que j’ai peut-être interrompu l’action de la gomme en entrant dans la pièce.

Ma décision est vite prise. Je sors de la chambre et j’espionne à travers la fente laissée par la porte que je n’ai pas complètement fermée. Ne faisant aucun bruit, j’observe mon cahier, et surtout ma gomme.

Benoît passe à ce moment-là dans le couloir. Il me regarde avec un drôle d’air. C’est vrai que je dois sembler bizarre en train de guetter ainsi devant ma propre chambre. Vite, pour donner le change, je regarde dans le vague, l’air très absorbé, comme si je réfléchissais à un problème important. Benoît hausse les épaules et rentre dans sa chambre. Immédiatement, je reprends mon poste. Ouf ! Rien n’a bougé.

Durant cinq bonnes minutes, je reste attentive. Rien ne se passe. Je me dis que je suis complètement idiote à rester là, à attendre qu’une gomme veuille bien gommer toute seule peut-être ! Si je raconte un jour ça, on me prendra pour une folle !

Je m’apprête à pousser la porte pour rentrer quand, les yeux écarquillés, je vois ma gomme bondir brusquement sur mon cahier et gommer vigoureusement ce qui restait de mon exercice.

Toute seule ! Oui, toute seule !

En quelques secondes, tout est terminé. Ensuite, d’un bond, la gomme va se reposer tranquillement à sa place d’origine, c’est-à-dire à côté de mon cahier.

Je me précipite dans ma chambre, regarde ma feuille : l’exercice est complètement effacé ! Ma gomme, quant à elle, est parfaitement immobile.

Durant un instant, complètement ahurie, je ne sais pas quoi faire, puis j’ai une idée. Je prends un compas dans ma trousse et je tiens fermement ma gomme entre le pouce et l’index de la main gauche. J’enfonce plusieurs fois la pointe de mon compas dans la masse de caoutchouc.

Aucune réaction, la gomme reste inerte !

Je murmure alors : « Ah ! c’est comme ça, ma petite, on efface mes exercices quand j’ai le dos tourné. Eh bien, tu vas voir ! » Je saisis mes ciseaux et entreprends de découper un bout de la gomme.

Rien ! toujours aucune réaction du morceau de caoutchouc !

Je m’énerve alors et je découpe furieusement dans la masse un gros morceau qui devrait amputer ma gomme de la moitié de sa taille. Maman, que je n’ai pas vue entrer, apparaît à mes côtés et me regarde d’un air affligé : « Alors, c’est comme ça que tu traites tes affaires de classe !… Allez, range-moi tout ça et va au lit, c’est l’heure de dormir ! »

Je range ma gomme mutilée dans ma trousse et je rejoins mon lit.

Le lendemain matin, j’arrive en cours d’anglais sans exercice sur mon cahier, évidemment, puisqu’il a été effacé la veille. Madame Kelly, à qui je viens de raconter mon histoire, regarde attentivement mon cahier et ce qui reste de ma gomme, l’air intrigué.

Je conclus en disant :

— Voilà tout ce qui s’est passé, Madame ! Vous comprenez bien qu’après tout ça, je n’ai pas d’exercice à vous présenter !

Madame Kelly ne répond pas. Elle a un petit sourire étrange aux lèvres. Elle va à son bureau, en rapporte une gomme neuve et me la donne en disant :

— Je crois que tu peux jeter ta vieille gomme. Elle m’a l’air hors d’usage. Et prends celle-ci, elle ne te posera aucun problème, tu sais.

Puis elle ajoute, en fronçant un peu les sourcils :

— Tu as beaucoup d’imagination, mais ça ne t’empêchera pas de faire quelques exercices supplémentaires pour demain : l’exercice 10, celui que tu aurais dû faire pour aujourd’hui, plus les quatre qui suivent !

Adriane

Quand Adriane arriva au collège ce matin de printemps, elle remarqua tout de suite deux belles roses sur le talus face au portail. L’une était rouge et grande, magnifique. L’autre, un peu sur le côté, était de couleur rose, à peine ouverte, toute petite.

Adriane admira les deux roses, les beaux arbres du parc et se dit qu’elle avait bien de la chance d’être dans ce nouveau collège. L’an dernier, elle était dans un autre établissement bien triste avec des bâtiments gris entourant une grande cour goudronnée. Il y avait seulement quelques arbres rabougris et minuscules tout au fond. Bref, du gris et du béton partout, et la nature réduite à presque rien. Les gens qui avaient construit son précédent collège n’aimaient certainement pas les enfants, pensait-elle. Ah ! pourtant, il y avait tout : salles de classe, tableaux, matériel moderne, etc. Mais ce qui rend la vie agréable, ce qui donne de la beauté, l’essentiel peut-être, ils l’avaient oublié… Peu de fleurs, peu de verdure, pas de petits bancs sous les arbres comme ici, où il fait bon s’asseoir et parler avec ses amis !

On devrait interdire de construire des collèges à ceux qui ne connaissent pas les enfants et qui oublient qu’ils ont besoin de fleurs, d’arbres et de papillons !

C’est ce que pensait encore Adriane ce matin et elle ne manquait pas, bien sûr, d’admirer les deux roses chaque fois qu’elle passait devant, en allant d’un bâtiment à l’autre.

En rentrant dans la salle de classe, Adriane se retourna vers Nicolas qui se trouvait juste derrière elle. Il préparait déjà son travail. Elle le trouvait gentil, Nicolas. Il était appliqué, toujours le nez dans son cahier ou ses livres, et il récoltait bien souvent de bonnes notes. Mais ce n’était pas pour ça qu’elle l’appréciait, il aurait eu de moins bonnes notes, cela aurait été exactement pareil. Elle aimait le regarder dans la cour avec ses copains. Il était rigolo quand il courait après le ballon, les cheveux au vent. Il aimait rire et jouer.

À la récréation de dix heures, surmontant sa timidité, Adriane s’était approchée de Nicolas dans la cour. Elle marchait à côté de lui et lui parlait de tout et de rien. Nicolas l’écoutait et restait avec elle ; il n’avait pas rejoint ses copains.

Arrivée devant les deux roses, Adriane s’arrêta et dit :

— Tu l’aimes, cette rose rouge ?

— Oui, elle est très belle, mais je ne l’avais pas remarquée… Tu vois des choses que je ne vois pas, moi !

Et puis, en pointant le doigt vers la petite rose à côté, à peine ouverte, il poursuivit :

— Et celle-ci, tu l’avais déjà vue ?

— Bien sûr !

Alors Nicolas se tourna lentement vers Adriane et lui dit :

— Cette toute petite rose, elle me fait penser un peu à toi…

Puis il lui prit doucement la main. Il la serra un peu. Adriane, les yeux humides, sentit un grand bonheur l’envahir.

Le mystère de la poubelle du 16 bis

Le quartier où habite mon ami Eddy est plutôt moche : immeubles qui ressemblent à des prisons, rues sales et à l’abandon. Moi, pourtant, j’aime cet endroit, car j’y passe de bons moments avec Eddy ! Seulement, chaque fois que je vais le voir, maman me recommande de ne pas m’attarder en chemin et d’emprunter la petite rue Eiffel qui donne tout de suite sur l’immeuble d’Eddy. Comme ça, c’est plus rapide et je n’ai pas à traverser tout le quartier, car maman m’a expliqué qu’il y a toutes sortes d’affaires et de trafics louches dans ce coin. Je fais donc attention et, jusqu’à présent, il ne m’est jamais rien arrivé.

Aujourd’hui, samedi matin, je vais rejoindre Eddy et je prends comme d’habitude la rue Eiffel pour me retrouver devant son immeuble, le 16, rue des Abeilles.

Mais juste quand j’arrive, quelque chose attire mon attention : les poubelles devant l’immeuble. Trois grosses poubelles grises en plastique, sur quatre roulettes, des poubelles tout ce qu’il y a de plus courant, un peu rayées et salies. Mais ce n’est pas ça qui a attiré mon attention, c’est l’inscription tracée au feutre noir sur l’une des trois poubelles : 16 bis. Je ne savais pas qu’il y avait un 16 bis… Eddy habite au numéro 16, avant c’est l’immeuble numéro 14, et après le 18. Les numéros pairs sont de ce côté de la rue. Je le sais bien parce que l’autre jour, on a compté les blocs avec Eddy, je ne me rappelle plus pourquoi.

Cinq minutes après, je suis en bas avec Eddy. On vérifie les numéros des bâtiments : effectivement, pas de 16 bis. Peut-être une annexe derrière la cour ? Mais non, rien là non plus. On revient devant la poubelle mystérieuse et là, j’ai l’idée d’ouvrir le couvercle. Ce n’est pas très agréable d’ouvrir une poubelle, bien sûr, mais je veux en avoir le cœur net. Je prends une des poignées et tente de soulever le couvercle, mais c’est impossible ! Eddy essaye à son tour sans plus de résultat !

Nous remontons dans la chambre d’Eddy avec une énigme qui allait nous accaparer durant plusieurs jours : le mystère de la poubelle du 16 bis !

Les jours suivants, on a discrètement mené notre petite enquête et l’on a appris trois choses : le couvercle de la poubelle restait toujours impossible à ouvrir. Ensuite, la poubelle n’était pas tout le temps devant l’immeuble, parfois elle disparaissait pendant plusieurs jours. Et enfin, c’était surprenant, il lui arrivait même de se trouver au coin d’une autre rue ! Mais l’enquête fit un grand pas lors d’une période de vacances scolaires alors que j’étais venu voir Eddy tôt le matin.

Nous étions descendus devant l’immeuble. Juste à ce moment, la benne à ordures arrive. Intéressant parce que la fameuse poubelle du 16 bis est là ! Eddy et moi, on écarquille les yeux pour voir ce qui va se passer. Le mystère allait sans doute s’éclaircir.

Dans un grand tintamarre, le camion poubelle s’arrête presque devant chez Eddy. L’un des éboueurs prend l’une des trois poubelles du 16, la charge dans le camion où son contenu se vide avec fracas. Le deuxième employé fait de même avec l’autre poubelle du 16. Et la troisième poubelle, celle du 16 bis ? Va-t-elle enfin être ouverte et vidée ?

C’est alors que le premier éboueur rapporte sa poubelle vide et s’approche de la poubelle du 16 bis. Il la prend par la poignée et commence à la tirer vers le camion, mais là, stupéfaction !

Le couvercle de la poubelle s’ouvre à moitié !

J’ai le temps de distinguer une tête qui passe à travers l’ouverture. Cette tête parle avec l’éboueur quelques secondes, pas plus ! Puis l’employé, comme si on lui avait indiqué ce qu’il devait faire, remet la poubelle en place sur le trottoir.

C’est tout ! Les deux éboueurs remontent à l’arrière du camion qui repart pour s’arrêter un peu plus loin continuer le ramassage des ordures.

Il y a donc un homme à l’intérieur de la poubelle du 16 bis ! Qu’est-ce qu’il peut faire dans une poubelle ? Voilà la première question qu’on se pose avec Eddy. Et puis on émet des suppositions : un clochard ? Un fou ?

Toutes ces questions allaient vite trouver une réponse. On se précipite, Eddy et moi, vers la poubelle du 16 bis. J’arrive le premier. J’essaye d’ouvrir le couvercle. Fermé !

— Ouvrez ! On sait que vous êtes dedans ! lance Eddy.

Pas de réponse.

Je dis à mon tour, très fort :

— Si vous ne voulez pas répondre, on va le signaler à tout le monde autour de nous…

— Non ! Ne faites rien ! supplie une voix qui sort de la poubelle.

Après un léger temps d’arrêt, la voix reprend :

— Je crois qu’il n’y a personne d’autre que vous dans la rue, je vais sortir.

La rue est effectivement déserte de bon matin. Alors, sous nos yeux, le couvercle s’ouvre lentement. Un homme, habillé en tenue de sport, émerge. Pas du tout un clochard ! Bien au contraire ! Pendant qu’il sort, j’ai le temps de jeter un coup d’œil à l’intérieur de la poubelle, tout neuf et tout propre : un petit siège bas, du matériel électronique (on dirait un émetteur radio)… Je n’ai pas le temps d’en voir plus, mais je me suis rendu compte que cette poubelle était vraiment bien aménagée.

Notre homme en sort, jette un coup d’œil rapide autour de lui et referme le couvercle avec précaution, en le condamnant à l’aide de deux petits verrous bien dissimulés. Puis il nous entraîne à la hâte dans un renfoncement de la cour derrière l’immeuble.

— Tout d’abord, je suis inspecteur de police, nous dit-il en brandissant une carte sous nos yeux. Vous n’ignorez pas qu’il y a des trafics louches dans ce quartier. C’est grâce à cette poubelle aménagée, en réalité un observatoire camouflé, que nous comptons démanteler les gangs qui se trouvent ici…

Je suis sidéré, mais je ne peux m’empêcher d’interrompre l’inspecteur.

— Mais comment voyez-vous ?

— Comment est-ce que je vois quand je suis dans la poubelle ? Oh ! c’est bien simple : des petits trous, au ras du couvercle, munis d’appareils optiques. Je peux voir, même filmer et aussi communiquer avec le poste de police grâce à une radio.

— Génial ! lance Eddy, mais qui a eu cette idée ?

— Moi ! ajoute fièrement l’inspecteur. C’est moi qui ai eu l’idée et qui ai même tout aménagé… Ah ! vous avez vu ce qui s’est passé ce matin avec la benne à ordures. Cela n’aurait pas dû avoir lieu. Le camion a dû changer ses horaires. Quant à moi, c’est une simple camionnette banalisée qui me dépose ou me reprend, dans ma poubelle, à des heures où la rue est déserte.

Puis il termine :

— Bon, il faut que je retourne à mon poste. Je peux compter sur votre discrétion absolue ?… Et même peut-être sur votre aide… Si vous voyez quelque chose de suspect, passez sans vous faire remarquer près de la poubelle du 16 bis et prévenez-moi.

Très fiers de pouvoir aider un inspecteur si rusé, on l’assure de notre soutien.

Maintenant, avec Eddy, on parle souvent de notre « secret » et l’on observe régulièrement la poubelle-poste d’observation. N’ayant rien vu d’inquiétant, on n’a pas alerté jusqu’à présent l’inspecteur.

Mais quelques jours plus tard, en rentrant de la piscine, on remarque de nombreuses voitures de police au bout de la rue. On s’approche. Des hommes, menottes aux poignets, sont conduits dans un fourgon.

Un peu plus loin, dans un coin isolé, le long d’un immeuble, je remarque la fameuse poubelle et j’imagine l’inspecteur, caché à l’intérieur, le micro de l’émetteur en main, donnant ses instructions.

Eddy, lui aussi, a vu la poubelle. Il me regarde avec un sourire en coin et me dit :

— La poubelle du 16 bis est entrée en action !