Le bracelet d’Anna

Anna ne possédait pas beaucoup de jouets. Elle n’en avait pas reçu souvent, sa famille étant modeste. Alors, elle s’amusait comme elle pouvait. Ce soir-là, elle avait retrouvé un vieux bracelet au fond d’une caisse en carton qui prenait la poussière en haut d’une armoire. Ce bijou n’avait rien d’extraordinaire ; c’était un bracelet en plastique doré avec de fausses pierres précieuses sur le pourtour.

Mais le bracelet était fendu, prêt à casser. Anna s’apprêta à le réparer. Ça tombait bien, elle avait un tube de colle forte qui pouvait tout recoller ou presque. Elle répandit alors un peu de colle transparente sur un bout de papier puis glissa le papier encollé dans la fente du bracelet. Après, elle serra le bijou en le maintenant avec du ruban adhésif le temps que tout soit sec.

Plus tard, Anna enleva le ruban adhésif. Son bracelet était réparé ! Elle le mit au poignet sans trop forcer de peur de le casser ; elle trouva qu’il lui allait très bien, si bien même qu’elle décida de le porter le lendemain au collège.

Le matin suivant, Anna fit particulièrement attention à sa tenue. Elle brossa avec soin ses cheveux qui retombaient en boucles sur ses épaules puis elle saisit le bracelet et, fièrement, le mit à son poignet. Elle s’admira un instant devant la glace de la salle de bains et ensuite, le sourire aux lèvres, prit le chemin de son collège. 

Mais, une fois Anna arrivée dans la cour de son établissement, deux filles de sa classe, Cécile et Anne-Sophie, virent le bracelet briller. Elles se jetèrent sur elle.

— Oh ! le beau bracelet, fais voir !…

— Peuh !… Mais c’est du plastique !

— Regarde sur le côté, il est tout abîmé !

Et pour mieux voir, elles tirèrent sur le bracelet qui se fendit de nouveau, encore bien plus. Il devint inutilisable. Alors, les deux chipies s’en allèrent, laissant Anna seule. Elle mit le bijou cassé dans sa poche, le cœur gros, les yeux brillants, mais elle retint ses larmes de couler…

La journée fut longue et triste pour Anna, mais elle ne voulait pas se venger pour autant. Elle se contenta de rester à l’écart de celles qui s’étaient moquées de son bijou. Quand elle rentra enfin le soir, elle alla dans sa chambre et sortit le bracelet de sa poche. La fente était trop grande maintenant ; il était impossible de le réparer de nouveau.

Anna soupira, posa le bracelet sur un coin de son bureau et se mit à ses devoirs. Une demi-heure plus tard, elle avait fini. Elle regarda de nouveau le bracelet et son cœur se serra. Ce qui lui faisait le plus mal, ce n’était pas le petit bijou cassé, mais le fait d’avoir été méprisée par deux filles de sa classe. Alors, elle laissa couler librement ses larmes trop longtemps retenues et cela l’apaisa un peu.

Un peu plus tard, sa maman l’appela du rez-de-chaussée :

— Tiens, on vient d’apporter cette enveloppe pour toi !

— Qui ?

— Une fille de ta classe, je crois, mais elle est déjà repartie. Elle m’a dit qu’elle n’avait pas le temps de rester.

Anna sécha ses yeux et descendit l’escalier. Sa mère lui tendit une enveloppe brune. Anna l’ouvrit et fut stupéfaite : elle en sortit un bracelet fin en métal doré. Il brillait à la lumière. Il était magnifique !

Anna le regarda un instant, émerveillée.

Un petit mot se trouvait aussi dans l’enveloppe : « C’est pour toi, Anna, je te le donne. Excuse-moi pour ce matin. » Et c’était signé « Anne-Sophie ».

Toute la tristesse d’Anna s’envola brusquement ; elle murmura : « Anne-Sophie, moi qui croyais que ce n’était qu’une chipie !… Je me suis bien trompée ! »

Le lendemain, en arrivant au collège, Anna portait son nouveau bracelet au poignet. Anne-Sophie l’accueillit gentiment, bien qu’un peu gênée. Elle s’excusa encore, mais Anna la mit vite à l’aise et bientôt, elles riaient toutes les deux…

Un peu plus tard, quand elle fut seule, Anna repensa à ce qui lui était arrivé. Bien des événements peuvent parfois trouver une issue positive. Grâce à son vieux bracelet, elle en avait gagné un autre beaucoup plus beau, mais surtout, elle s’était fait une nouvelle amie.