Émile et le microbe

En fouillant dans le grenier, Émile découvre un vieux livre, vraiment très ancien, qui a l’air plein de secrets. Le titre est prometteur : Recettes magiques très faciles. Toute la matinée, Émile se plonge dans le livre puis il se dit : « Voilà ce que je vais faire : la potion pour faire grandir ! »

C’est facile, il faut d’abord un pissenlit entier, un peu d’écorce de bouleau, une cuillère de confiture de myrtilles, un peu de farine et trois arêtes de poisson. Ensuite, on doit broyer et mélanger le tout. Très important, précise aussi la recette, on doit absolument préparer la contre potion pour faire rétrécir, sinon, comment revenir à sa taille normale ? On risquerait autrement de rester grand à tout jamais !

Bientôt, Émile s’affaire dans le jardin pour découvrir un pissenlit et une écorce de bouleau.  Puis, revenu dans la maison, il a de la chance, car il trouve tout le reste au réfrigérateur. Il étale ensuite l’ensemble sur la table de la cuisine, coupe les ingrédients en petits morceaux puis les mélange bien avec de l’eau. Il prépare aussi la contre potion avec soin. Pour ne pas confondre cette dernière avec la potion, il la pose dans l’évier.

Voilà maintenant qu’il a deux verres, l’un avec la potion sur la table, et l’autre avec la contre potion dans l’évier. Mais ce qu’Émile n’a pas vu, c’est qu’un peu de « potion pour faire grandir » a coulé sur la table, juste sur une feuille de pissenlit qui restait là. Et sur cette feuille de pissenlit, il y a un minuscule insecte, si petit qu’on pourrait l’appeler un microbe. Il trempe ses pattes dans le liquide puis en boit un peu. Il a l’air de trouver ça très bon, car il ne s’arrête pas de boire !

— Maman ! maman ! hurle Émile.

Mais il peut bien crier, personne n’arrivera, car il a pris le soin d’être tout seul dans la maison pour faire ses expériences. C’est horrible, le petit insecte, qui est sur la feuille de pissenlit, grossit, puis grossit encore pour devenir énorme.

En quelques instants, il est devenu tellement gros qu’il tient à peine sur la table de la cuisine.

Il finit par sauter à terre puis se dirige vers Émile qui tremble de peur et recule contre le mur.

L’insecte s’approche encore. Va-t-il dévorer Émile ?

Non, car le garçon a une idée. Il se précipite vers l’évier en évitant une patte velue presque aussi grosse que sa jambe. La bête avance toujours en ouvrant grand la bouche comme pour le manger ; elle s’approche encore, mais Émile est prêt. Il a réussi à prendre le verre de contre potion, celle qui fait rétrécir.

Juste au moment où le monstre ouvre encore plus grand sa bouche pour l’engloutir, Émile jette le contenu du verre dans sa gueule. Et hop ! en un instant, plus rien sauf un insecte minuscule qui s’agite sur le carrelage.

Un coup de talon et le voilà écrasé, ouf !

Ensuite, Émile jette soigneusement dans l’évier les potions qu’il a préparées et fait couler beaucoup d’eau pour tout nettoyer. On ne l’y reprendra plus à faire de la magie ! Il n’est pas trop fier de son aventure et n’a même pas envie d’en parler à sa maman quand elle rentrera. Cette expérience l’a quand même bien remué. Vous allez penser qu’il a compris qu’il valait mieux ne pas transformer notre monde par magie. Certes, mais il a surtout une peur bleue des insectes minuscules maintenant.

D’ailleurs, c’est sa maman qui a été bien étonnée l’autre jour quand Émile a refusé de manger sa salade de pissenlits :

— Non, maman ! Il peut y avoir des microbes sur les pissenlits, j’en suis sûr !