Dans le noir

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— Arthur, dépêche-toi, tu vas être en retard à l’école !
— Oui Maman, j’arrive !
Il faisait tout noir autour de moi. Je me cognai d’abord contre mon lit, puis contre mon armoire. Enfin, je pensais que c’était mon armoire. Je ne savais pas trop puisqu’il faisait tout noir.
En tendant les bras devant moi, ça marchait mieux. Je trouvai la porte et passai dans le couloir, en essayant de me repérer. Ici, la porte de la salle de bain, là, celle de la chambre de mes parents. Puis enfin, le bureau. Je le savais parce que la poignée de la porte était beaucoup trop haute pour moi. C’était mon père qui l’avait installée exprès pour que je ne puisse pas y entrer. Il paraît qu’il y a plein de choses horribles, fascinantes et surtout dangereuses enfermées à l’intérieur… C’est bien pour ça que j’ai vraiment hâte de pouvoir y entrer !
Mais quand je serai grand, je le pourrai : déjà aujourd’hui, j’atteins presque la poignée en montant sur ma boîte à jouets !
En face du bureau, il n’y avait pas d’autre pièce mais la vieille commode de grand-mama, celle qui me faisait un peu peur quand je la regardais bien en face. Mais là, il faisait tout noir. Et puisque je ne pouvais pas voir la commode, elle ne pouvait pas me faire peur !
Le tapis ondula sous mes pas, c’était rigolo de le sentir et de ne pas le voir. Il était aussi doux que Gipsy, mon premier ours en peluche.
En avançant encore un peu, toujours dans le noir complet, je manquai de m’étaler par terre.
Je me rattrapai tant bien que mal alors qu’un miaulement indigné retentissait au niveau de mes pieds.
— Oups, désolé Farine !
Je venais de trébucher sur mon chat, allongé au milieu du couloir. Je me penchai, tâtonnai, et ramassai le gros chat que je savais tout blanc, même si je ne voyais toujours rien. J’avais un peu de mal à le tenir dans cette obscurité. Je ne savais pas vraiment où se trouvait la tête et où était la queue de l’animal. Je le serrai donc au mieux contre mon corps.
— Arthuuur !
Je ne répondis pas. Les bras occupés par Farine, je m’approchai de l’endroit où je pensais trouver les escaliers qui descendent vers le rez-de-chaussée. J’atteignis le bord du tapis et posai les pieds sur le parquet. Ensuite, du bout des orteils, j’essayai de trouver le début des marches.
La grosse boule de poils, qui n’était pas très heureuse d’être transportée ainsi, tenta de sauter à terre avant que n’arrive une catastrophe.
— Attends, on est presque en bas ! annonçai-je, tant pour le chat que pour ma mère qui m’attendait.
Finalement, je trouvai la première marche et la descendis avec prudence. C’est qu’il faisait toujours aussi noir ! Quelle aventure de redécouvrir ma maison ainsi !
Je m’arrêtai, agrippai un peu mieux le chat, puis descendis d’un pas conquérant les marches suivantes. En réalité, j’étais bien obligé de me dandiner un peu, les épaules en arrière pour tenir Farine et les pieds en avant pour ne pas rater une marche. Ma fierté fut de courte durée. Maman devait m’avoir vu car elle s’exclama :
— Arthur, pose ce chat par terre, et dépêche-toi de descendre ou tu vas rater ton premier jour d’école ! Et par Circé, repose le chapeau de ton père, il est beaucoup trop grand pour toi ! On ne voit même plus ton visage ! C’est un miracle que tu ne sois pas tombé dans les escaliers !
J’hésitai un moment. J’aurais bien aimé descendre ainsi jusqu’au hall d’entrée…. Je laissai le chat sauter de mes bras et, d’un air légèrement boudeur, soulevai le rebord du chapeau noir enfoncé sur ma tête. J’avais emprunté ce grand chapeau pointu dans la chambre de mes parents. C’était simplement pour l’essayer…
Maman m’aida à enfiler ma cape et me dit en souriant :
— Allez mon chéri, prends ton sac et tes affaires de cours. On y va !
J’attrapai rapidement ma besace en cuir et mon petit chaudron en étain avant de m’installer devant Maman sur son balai. Le petit sorcier que j’étais avait hâte de suivre son premier cours de potions !


Histoire Pour Dormir de Léa Gerst
Illustration de Pablo Vasquez
via short-edition.com