Histoire pour enfants : Anta et Mamadou

Histoire Pour Dormir: Anita et Mamadou

Anta et Mamadou Un jeune homme du nom de Mamadou, qui voulait apprendre à lire et à écrire, partit un jour à la recherche d’une école.

Il quitta sa province pour se rendre dans la région du Kayor, au Sénégal.

Là vivait un savant qui enseignait aux enfants.

Mamadou resta auprès de son maître aussi longtemps que nécessaire.

Quand il sut lire et écrire parfaitement, il décida de rentrer chez lui.

Le jour de son départ, un camarade de classe, qui appartenait à l’espèce des génies, lui dit : Nous sommes amis.

Puisque tu t’en retournes chez toi, je vais te charger d’un message pour mes parents et je te transporterai dans ton village à la vitesse de l’éclair.

Tu ne sais pas qui je suis, mais moi je te connais bien, car nous sommes nés au même endroit.

Nous autres, les génies, nous vous reconnaissons très bien mais vous, les humains, vous ne pouvez pas nous apercevoir.

Quand tu seras chez toi, mets à ton doigt cette bague d’argent, et tu : underline;”>pourras voir les génies et leurs villages.

Si tu l’ôtes ou si tu la perds, tout disparaîtra de nouveau.

Le génie demanda ensuite à Mamadou de s’asseoir sur son tapis et de fermer les yeux.

À peine Mamadou avait-il obéi qu’il se retrouva, comme par magie, dans son village.

Le lendemain matin, Mamadou passa la bague à son doigt.

Il aperçut alors tous les génies et leurs villages.

Il alla rendre visite à la famille de son camarade.

Le génie, votre parent, vous envoie le bonjour, leur dit-il.

Et où est-il, notre cher enfant ? lui demanda-t-on.

Je l’ai laissé dans un village du Kayor.

Il continue de fréquenter l’école.

Ah, s’écrièrent les parents, notre brave petit se conduit bien ! Et toi, Mamadou, il faut que tu t’en retournes chez toi, mais, chaque fois que tu auras du temps libre, ne manque pas de venir nous voir.

Mamadou s’en retourna chez ses parents, mais, chaque fois qu’il en avait l’occasion, il rendait de longues visites aux génies.

C’est qu’il avait vu la sœur de son camarade, Anta, une jolie demoiselle, et qu’il désirait l’épouser.

Lorsqu’il lui fit sa déclaration, Anta répondit : Je ne demande pas mieux ! Pourtant, j’hésite à me marier avec un être humain… Vous êtes si coléreux ! Et si bavards ! Et vous mentez si facilement ! Chez nous, il n’en va pas de même : jamais un génie ne s’emporte, jamais il ne trahit un secret ; il ne parle que pour dire la vérité.

Mamadou protesta : Quand nous serons mariés, tu verras que, moi non plus, je ne m’emporte pas et que jamais je ne mens ! S’il en est ainsi, le mariage est conclu ! Je t’accepte : underline;”>pour mari.

Mais je te défends de révéler à quiconque que tu as épousé une femme de l’espèce des génies ! C’est entendu ! promit Mamadou.

Eh bien, déclara Anta, nous pouvons célébrer notre mariage.

Depuis, Anta et Mamadou vivaient heureux.

ais un jour qu’Anta avait quitté à l’aube le village pour se rendre dans sa famille, Mamadou se réveilla pour constater que, pendant la nuit, son grenier de mil avait pris feu, son pur-sang était mort, et son puissant taureau était tombé au fond du puits.

Mamadou, et toute sa famille avec lui, était désespéré.

Anta revint en fin de journée.

En s’approchant de la case de son mari, elle entendit la mère de celui-ci se lamenter : En un seul jour, voilàton grenier de mil dévoré par les flammes ! Ton cheval de race meurt ! Puis c’est ton grand taureau – un taureau de cinq ans ! – qui périt aussi ! Cette maison va être ruinée dans peu de temps ! Cela devait arriver !C’est la conséquence de ton mariage avec une femme de l’espèce desgénies ! À ces paroles, Anta décida de retourner dans sa famille.

Mais avant de disparaître, elle suivit Mamadou jusqu’aux champs usqu’aux champs et, lorsqu’il s’endormit pour la sieste, elle lui ôta sa bague d’argent.

À son réveil, Mamadou ne pouvait plus apercevoir les génies ni leurs villages.

Il essaya de suivre le chemin qui menait chez Anta, en vain.

Le village avait disparu.

Un beau jour, Anta revint dans le village de Mamadou.

Elle trouva celuici endormi, et le réveilla.

Il s’écria : « Anta ? ! D’où viens-tu ? Je viens de mon village.

Ce n’est pas vrai ! Vous l’avez tous quitté !Non.

Nous l’habitons toujours.

Alors pourquoi ne vivons-nous plus comme autrefois ? C’est qu’à présent notre mariage est rompu de par ma volonté ! Pourquoi l’as-tu rompu ? Parce que tu n’as pas tenu ta promesse ! Quand tu m’as demandé de devenir ta femme, ne t’ai-je pas déclaré qu’il me serait difficile de le rester parce que, vous autres humains, vous vous emportez, vous mentez et vous bavardez à tort et à travers ? Et quand donc me suis-je emporté ? En quoi ai-je menti ? Pourquoi dis-tu que j’ai été bavard ? Tu as eu la langue trop pendue.

Mais à quel propos ? Dis-le-moi enfin ! Souviens-toi du jour où ton grenier de mil fut consumé, où ton cheval est mort et ton grand taureau est tombé dans le puits.

Tout cela, je ne l’ignorais pas ! Mais je suis partie pour ne plus revenir, car j’ai entendu ta mère se plaindre de moi, ce qui est la preuve que tu lui as révélé notre secret et que tu as trahi ta promesse.

Je vais te raconter ce qui s’est réellement passé : : j’étais restée près de toi jusqu’à l’aube.

Azraël, l’ange de la mort aux bras parsemés d’yeux et portant un arbre sur la tête, est venu.

Il voulait s’emparer de toi.

Je l’ai repoussé et rejeté sur ton grenier de mil, qui a brûlé.

Il a essayé alors d’emporter ta mère.

Je l’ai jeté sur le cheval, qui s’est effondré sous son poids.

Il s’est néanmoins entêté à rester, prêt à se venger sur ta sœur.

Et moi, une troisième fois, je l’ai combattu et repoussé.

Il est tombé sur le taureau, qui mourut en basculant dans le puits.

Si je t’avais laissé mourir, ainsi que ta mère et ta sœur, que serait devenue ta maison ? Elle aurait été perdue ! Et si vous êtes tous encore en vie, ce fut grâce à l’incendie du grenier de mil, à la mort du cheval et à celle du taureau ! Ne vaut-il pas mieux que les choses se soient passées ainsi ? Tu m’as trahie, mais avant de te quitter pour toujours, je devais te révéler la vérité.

Et Anta s’en alla.

Jamais Mamadou ne la revit.

Hansel et Gretel – Histoire – conte pour enfants.

Il était une fois, à l’orée d’une forêt vivaient un bûcheron, ses deux enfants Hansel et Gretel, ainsi que leur belle-mère.

Cette année là, l'hiver fut très rude et le pain vint à manquer.

Le bûcheron, qui était très pauvre, répétait sans cesse : – "Qu'allons nous devenir? Comment nourrir nos enfants? " Une nuit, fatiguée de ses lamentations, sa femme lui dit: – "Voilà ce que tu feras!" -"Dès l'aube, tu les conduiras au plus profond de la forêt et tu les abandonneras! » Le bûcheron refusa immédiatement.

-"Ainsi préfères-tu que nous mourrions tous les quatre!" s'énerva t’elle.

Elle insista tant, que le bûcheron, désespéré, accepta.

Hansel, qui avait tout entendu, informa sa soeur du noir projet de leurs parents.

-"C'est affreux!" dit-elle.

Mais Hansel avait une idée en tête.

Il sortit discrètement de la maison et alla gratter la neige à la recherche de cailloux noirs.

Au lever du jour, le bûcheron proposa aux enfants d'aller couper du bois.

Ils marchèrent de longues heures dans la neige.

Arrivés à destination, leur père leur dit : -"Reposez-vous les enfants, je serai bientôt de retour.

" Les heures défilaient mais leur père ne revenait pas.

Le soleil pâlissait…Gretel se mit à pleurer.

-"Nous voilà perdus au fin fond de la forêt !" Hansel prit la main de sa petite soeur et y glissa quelques cailloux.

-"Ne t'en fais pas nous serons bientôt à la maison" dit-il.

Ils retrouvèrent très facilement le chemin du retour grâce aux pierres noires que le garçon avait semées dans la neige.

Le bûcheron, qui se sentait coupable, fut très soulagé, mais leur belle-mère était très contrariée.

Le soir même, elle proposa de les abandonner dès le lendemain.

Hansel qui avait encore tout entendu, se dépêcha d'aller ramasser d'autres cailloux, mais la porte de leur chambre était fermée à clé.

Le lendemain matin, leur belle-mère leur donna un morceau de pain et, accompagnés de leur père, ils se mirent à nouveau en route.

Peu avant le crépuscule, le bûcheron parvint à s'éclipser, laissant Hansel et Gretel, seuls dans la forêt.

Le petit garçon était très confiant.

Il avait jeté des miettes de pain sur tout le chemin.

Il déchanta très vite lorsqu'il vit un oiseau s'envoler avec l'une d'entre elles dans le bec.

-"Nous sommes perdus pour de bon cette fois-ci" dit Gretel.

Hansel ne répondit rien… sa soeur avait raison.

Une fois la nuit installée, les enfants avançaient dans le noir.

Ils étaient terrifiés et affamés.

Leur unique morceau de pain avait été sacrifié.

Les oiseaux s'étaient bien régalés.

Alors qu’ils commençaient à perdre espoir, ils aperçurent une faible lumière.

Ils coururent dans sa direction.

Ce qu'ils découvrirent les stupéfia ! Une maison ! mais pas une maison ordinaire.

Une maison tout en bonbons! N'écoutant que leurs ventres, ils se précipitèrent sur la bâtisse pour en grignoter tous les coins.

Des murs en pain d'épice! Comme c'est délicieux! De la neige de chantilly! Incroyable! Des buissons barbe à papa et des sucreries par milliers! Quel régal ! Soudain une voix gronda à l'intérieur: -" Qui va là? " La porte d'entrée s'ouvrit et une vieille dame très laide apparut sur le seuil.

-"Quelle honte ! Manger la maison des gens ! Ce sont bien là d’étranges manières !" reprocha t’elle.

Hansel et Gretel lui expliquèrent leur mésaventure et elle les invita à entrer.

-"Mes pauvres enfants" dit- elle avec douceur.

Elle leur apporta à tous deux un grand bol de chocolat chaud ainsi qu'une montagne de biscuits.

Après le repas, elle leur prépara deux petits lits douillets dans lesquels ils s'endormirent rapidement.

À l’aube, la vieille dame agrippa Hansel et le sortit de son lit.

Elle l'entraîna au salon, souleva un grand rideau et le jeta dans la cage qui se cachait derrière.

Sa gentillesse et sa maison en sucre était une ruse pour attirer les enfants chez elle, parce qu'en vérité c'était… UNE SORCIERE ! Elle secoua Gretel dans son sommeil: -"Debout ! Prépare à manger à ton frère, il est aussi sec qu'un os! Tâche de l'engraisser que je puisse le manger!" Les jours qui suivirent, la sorcière venait chaque matin s'assurer qu'Hansel prenait du poids.

-" tends ton doigt mon petit, que je vois si tu es assez gros!" Hansel lui tendait toujours un os.

La vieille dame, qui avait très mauvaise vue, enrageait : -"Comment peux-tu rester si maigre?" Un jour, elle ne voulut plus attendre et ordonna à Gretel de préparer le four.

– " Aujourd'hui il y aura du Hansel au menu !" Au bout d'une heure, elle ordonna à la petite fille : – " Faufile toi à l'intérieur du four et dis moi si il est assez chaud ! " – " Mais je ne sais pas comment faire " mentit Gretel.

-" Ce que tu peux être gourde ! Viens que je te montre ! " dit l'affreuse femme.

Tandis qu'elle se penchait en avant devant le four, Gretel la poussa de toutes ses forces ! puis elle délivra son frère pendant que la sorcière partait en fumée.

Dans la maison, ils trouvèrent des joyaux et des pièces d'or en grande quantité.

Les poches pleines de richesses, ils s'élancèrent dans la forêt.

Après de longues heures de marche, ils retrouvèrent enfin leur maison.

À leur arrivée, leur père pleura de joie.

Entre-temps, sa femme avait succombé, foudroyée par la maladie.

Il ne s'était jamais remis de l'avoir écoutée.

Hansel et Gretel annoncèrent en coeur que leurs soucis étaient bien finis et sur ces paroles ils vidèrent leurs poches de tout leur trésor.

Histoire pour enfants : Ammamellen et Élias

Ammamellen et Élias Ammamellen avait une sœur et toutes les fois qu'elle mettait au monde un garçon il le tuait Les choses se passèrent ainsi jusqu'à ce qu'un jour, ayant accouché en même temps que sa servante la sœur d'Ammamellen lui donna son fils et prit avec elle l'enfant de cette dernière Ammamellen vint saisit cet enfant et le tua Le fils de la femme libre resta chez la servanteservante il grandit et devint homme il s'appelait Élias Il n'est rien qu'Ammamellen, qui n'était pas dupe de la supercherie ne tentât pour attirer Élias dans un piège et le tuer Mais le garçon était plus rusé que lui et il ne put accomplir ses projets de meurtre.

un jour Élias se rendit chez Ammamellen il avait très soif et Ammamellen tenait secret le lieu où l'on trouvait de l'eau dans la montagne Le sol de la montagne était de roche dure et ne conservait pas l'empreinte des pieds Ammamellen allait la nuit avec ses serviteurs faire boire les troupeaux et rentrait pendant que tout le monde dormait encore Élias prit alors les souliers des serviteurs et les enduisit de graisse Le lendemain il suivit leurs traces Là où les souliers avaient touché le rocher, ils avaient laissé de la graisse le garçon Le garçon put ainsi arriver jusqu'à l'eau Ammamellen l'avait vu et le suivait Au moment où Élias, penché au-dessus de l'eau, s'apprêtait à boire il aperçut l'image d'Ammamellen qui tirait son sabre et allait l'en frapper sur la nuque Il eut juste le temps de s'élancer et de s'enfuir de l'autre côté un autre jour Ammamellen marcha jusqu'à une vallée et, avec des pattes d'animaux morts, il y fit des traces de chamelles, de chèvres de brebis et d'ânes Il y mit aussi trois vieux chameaux l'un borgne l'autre galeux et le troisième ayant la queue coupée Il rentra chez lui et, le lendemain il proposa à Élias, en échange de sa tranquillité « Va visiter cette vallée au loin, tu nous diras ce qu'il s'y trouve.

» Élias se rendit dans la vallée et, lorsqu'il fut de retour Ammamellen lui demanda « Eh bien, as-tu visité cette vallée ? » Oui, répondit Élias je l'ai visitée Et que s'y trouve-t-il ? Le pays te plaît-il, oui ou non ? il me plaît seulement il y a des traces d'animaux morts et trois vieux chameaux dont l'un est borgne l'autre galeux et le troisième a la queue coupée Comment distingues-tu la trace d'un animal vivant d'un animal mort ? La trace d'un animal vivant revient sur elle-même tandis que celle d'un animal mort ne revient pas À quoi reconnais-tu qu'un vieux chameau est borgne ou qu'il a ses deux yeux ? Le chameau borgne mange toujours les arbres du côté de son bon œil et le chameau galeux ? On reconnaît un chameau galeux parce qu'il se gratte à tous les arbres qu'il rencontre Et qu'est-ce qui te fait distinguer un chameau dont la queue est coupée de celui qui a sa queue ? Lorsqu'un chameau qui n'a pas de queue vient à fienter les crottes restent en tas tandis que celui qui a sa queue s'en sert pour les disperser Quelque temps plus tard, Ammamellenn, qui ne s'avouait pas vaincu alla dans un certain endroit et ramassa beaucoup d'herbes dont il fit plusieurs tas Il revint et dit à Élias Demain tu iras à tel endroit et tu rapporteras l'herbe que j'y ai mise en tas Le lendemain Ammamellen prit les devants et se blottit dans un tas d'herbe attendant Élias pour le tuer Celui-ci vint et rassembla toute l'herbe excepté un tas dont il ne voulut pas s'approcher Ses compagnons l'interrogèrent Tu as rassemblé tous les tas d'herbe s tas d'herbe, pourquoi laisses-tu celui-là ? Celui-là respire, dit Élias les autres ne respirent pas En entendant cela Ammamellen se leva précipitamment, saisit son javelot et le lança contre Élias qu'il manqua Il s'écria alors « Va, je m'incline devant toi, fils de ma sœur, que ma sœur a enfanté et qu'elle a fait enfanter à sa servante.

» Et, depuis ce jour Élias peut vivre près de sa mère en toute tranquillité.

Tout Au Fond Du Jardin

— Quelle belle demeure ! s’exclama la mère de Lizzie alors qu’elle garait la voiture dans l’allée, à côté du camion de déménagement loué par son père.

Lizzie regarda la bâtisse qui lui faisait face et soupira. Sa nouvelle maison faisait plus peur qu’autre chose avec ses grands volets de bois décrépi, son toit aux ardoises manquantes et son immense jardin plongé dans le noir de la nuit. A vrai dire, Lizzie aurait sûrement refusé de passer l’entrée si elle n’avait pas aperçu la silhouette de son père, éclairée par la chaleureuse lumière du hall d’entrée, lui faisant de larges signes de la main depuis le seuil de la maison.

Lizzie attrapa son sac à dos et descendit de la voiture. Les gravillons de l’allée envahie par les mauvaises herbes roulaient sous ses pieds tandis qu’elle s’approchait du perron.

— Alors, ma puce, qu’est-ce que tu en penses ? demanda le père de Lizzie après qu’elle l’eut embrassé sur les deux joues.

Devant la petite moue de sa fille, le grand homme lui ébouriffa les cheveux et rit.

— Les travaux ne sont pas encore finis mais tu verras, on va se plaire ici ! Je suis passé devant ta nouvelle école en arrivant et je suis sûr que tu vas t’y faire plein d’amis. Je te montre ta chambre ?

Lizzie acquiesça. Elle espérait que sa chambre serait moins sinistre que le reste de la maison.

Après avoir monté les escaliers de bois aux marches grinçantes, elle suivit son père dans un long couloir jusqu’à la porte du fond. C’était sa chambre. Elle était grande, haute de plafond mais quasiment vide. Seuls un matelas et sa commode y avaient trouvé leur place.

Son père lui assura que toutes ses affaires arriveraient le lendemain.

Lizzie déposa son sac à terre et regarda un instant sa chambre sans émettre de commentaire. Elle se retourna ensuite pour prendre la main de son père, chaude et rassurante.

— On va manger ? demanda-t-elle.

Pour toute réponse, son père sourit et l’entraîna vers la cuisine.

Le repas se déroula dans un silence quasi complet : Lizzie songeait à sa nouvelle vie et ses parents semblaient fatigués par la longue journée de déménagement. Son père débarrassa rapidement la table tout en expliquant à sa fille que sa mère et lui repartiraient tôt le lendemain avec le camion, pour aller chercher le reste de leurs affaires.

Lizzie acquiesça doucement, embrassa ses parents qui lui souhaitèrent bonne nuit et s’éclipsa.

De retour dans sa chambre, la petite fille sortit rapidement ses affaires de son sac et se prépara à dormir. Il était tard et elle tenait à explorer la maison tôt le lendemain matin.

Elle jeta un œil par la grande fenêtre dont les volets étaient restés ouverts. Le fond de la propriété se confondait avec la nuit tant elle était étendue. Il semblait à Lizzie qu’une des buttes que formait le jardin en friche bougeait, comme si elle grandissait puis rapetissait, avant de grandir de nouveau.

Lizzie secoua la tête. Ce qu’elle avait vu était sûrement dû au brouillard qui se levait. Son pyjama enfilé, elle se glissa entre les draps et s’endormit dès qu’elle posa la tête sur son oreiller.

C’est le froid qui réveilla Lizzie le lendemain matin, bien qu’elle se soit enroulée dans sa couverture durant la nuit. Le soleil était tout juste levé mais donnait une toute autre vision du domaine.

Le jardin scintillait de la rosée du matin et les grandes fenêtres, si sinistres de nuit, inondaient de clarté l’ensemble de la maison. Toute la demeure semblait métamorphosée par la lumière du jour.

Lizzie comprenait à présent pourquoi ses parents étaient tombés amoureux de cette vieille bâtisse.
Elle remarqua alors quelque chose en regardant le fond du jardin, comme elle l’avait fait avant de se coucher. Ce qu’elle avait vu bouger n’était définitivement pas une butte de terre comme les autres : C’était comme si elle scintillait et semblait même onduler !

Décidée à découvrir ce qu’il se passait sur son nouveau terrain de jeux, elle s’habilla puis descendit prendre son petit-déjeuner. Ses parents, avant de repartir chercher les dernières affaires, lui avaient laissé un mot sur la table de la cuisine.

Ma chérie,

Nous sommes partis très tôt ce matin avec le camion et avons préféré ne pas te réveiller. J’ai laissé tout ce qu’il te faut sur la table pour ton petit-déjeuner. Des sandwichs sont prêts dans le frigo pour ce midi.
Tu peux visiter la maison et le jardin mais ne monte pas dans le grenier, l’escalier est dangereux.
Nous ne savons pas encore quand nous rentrerons, mais nous serons là pour le dîner !
Passe une bonne journée !

Bisous, Maman

PS : J’ai mon téléphone portable avec moi, Papa a branché le téléphone fixe dans l’entrée. N’hésite pas à m’appeler s’il y a le moindre souci ! (J’ai laissé mon numéro à côté du combiné)

— Chouette ! s’exclama Lizzie, j’ai la maison pour moi toute seule !

Puis elle engloutit avec plaisir une tasse de chocolat chaud sortie tout droit du micro-ondes, un jus d’orange et des tartines au beurre et à la confiture.

Immédiatement après, Lizzie se précipita dehors pour explorer le jardin. Il faisait beau et chaud en cette fin de mois d’août.
Le jardin semblait encore plus grand que lorsqu’elle le regardait depuis la fenêtre de sa chambre. L’herbe était très haute, les arbres touffus et des buissons sauvages avaient poussé un peu partout.

Lizzie mit quelque temps à arriver au fond du jardin. Après avoir gravi une dernière butte de terre, elle s’arrêta net. Un incroyable animal était couché là !

Il avait quatre pattes griffues, une longue queue pointue et de larges ailes qu’il avait rabattues sur son dos. Sa peau était recouverte d’écailles rousses et, de part et d’autre de sa tête, poussaient deux cornes blanches. Son museau était large et encadré de grosses moustaches ondulantes. Enfin, ses immenses yeux noirs aux reflets bleus donnaient l’impression que la bête était aussi sage que puissante.

Ses contours paraissaient flous, comme s’il n’était pas vraiment là. Une énorme chaîne en acier emprisonnait ses pattes, ses ailes et son cou, l’empêchant de bouger.

L’animal regardait Lizzie avec une curiosité mêlée d’espoir, tandis qu’elle le détaillait des yeux, bouche bée.
Elle était plongée dans ses pensées lorsqu’une voix s’éleva.

— Bonjour, petite. Cela fait longtemps que je t’attends, passant mon temps à regarder la lune et le soleil se succéder indéfiniment. Mais le jour de ma délivrance est enfin arrivé. Tu es là pour cela, n’est-ce pas ? Pour me libérer de ces chaînes qui m’empêchent de retourner dans mon propre monde ?
— Qui êtes-vous ? Comment êtes-vous arrivé ici ? demanda Lizzie, intriguée.
— Je suis le Dragon, petite. Le Dragon de Lysandrûl. J’ai été enchaîné ici par un humain voici des années. Je n’ai pu préserver qu’à moitié mon corps de la mort en l’envoyant dans mon monde. C’est pour cela que je t’apparais transparent. Une partie de moi survit en Lysandrûl grâce à mes pouvoirs, mais je ne suis pas assez puissant pour me défaire seul de ces chaînes ensorcelées. Peux-tu m’aider ?
— Mais je ne suis pas assez forte pour casser ces chaînes. Mon père, lui, le pourra. Ce soir, quand il reviendra, il vous délivrera et vous pourrez rentrer chez vous !
— Ton père ne pourra rien pour moi, il ne peut pas me voir. Seuls les enfants peuvent me voir, car ils sont les seuls à croire réellement en l’existence des êtres des autres mondes. Il est important de croire aux contes de fées, souviens-t’en !
— Oui, monsieur le Dragon, acquiesça Lizzie sagement.
— C’est bien. L’homme qui m’a emprisonné ici a autrefois vécu dans cette maison qui est maintenant la tienne. La clé qui ouvre le cadenas doit s’y trouver.
— Mais la maison est si grande ! Comment vais-je faire ?
— Il s’agit d’une clé ancienne et argentée, assez grande et décorée de motifs. Elle est peut-être rouillée ou restée aussi belle qu’à son premier jour… On ne sait jamais avec la magie. Je ne peux pas t’aider davantage car je suis bloqué ici. Bonne chance, petite, je compte sur toi pour la retrouver !

Lizzie hocha gravement la tête mais n’ajouta pas un mot. Elle courut vers la maison sans un regard en arrière. Une journée ne lui serait pas de trop pour fouiller sa nouvelle demeure avant le retour de ses parents.

Arrivée devant la porte d’entrée, elle décida de commencer par le rez-de-chaussée. Tous les tiroirs de la grande cuisine furent retournés, les placards vidés, mais la fillette ne trouva rien de plus qu’une toute petite clé rouillée qu’elle reposa avec dépit à côté d’une pelote de ficelle.

Elle ne trouva rien d’intéressant non plus dans le secrétaire du couloir ni dans l’armoire de la salle à manger. Il ne restait qu’une vieille commode dans le petit salon, mais seuls quelques petits moutons de poussière subsistaient dans ses huit tiroirs.

Le couloir du premier étage était désespérément vide. Seules quelques traces plus sombres sur la tapisserie permettaient de penser que des meubles avaient été posés là, empêchant le soleil de décolorer les murs. Lizzie espérait que ces meubles disparus ne contenaient pas la fameuse clé, ou alors, il serait très difficile de la retrouver.

Les six chambres étaient toutes vides, sauf la sienne et celle de ses parents, mais leurs meubles venaient exclusivement de leur ancienne maison.

Les trois salles de bain, avec leurs nombreux rangements, furent plus longues à fouiller. Mais elle en sortit bredouille, l’estomac criant famine. Elle redescendit pour prendre une pause et manger les délicieux sandwichs préparés par sa mère. Elle espérait que ses parents ne seraient pas de retour bientôt, car il lui restait le grenier à passer au peigne fin, la pièce que sa mère lui avait interdit de pénétrer. Mais tant pis, il fallait coûte que coûte délivrer le dragon de Lysandrûl ! Le grenier était la plus grande pièce car elle s’étendait sous les combles, sur toute la longueur de la maison.

C’est avec un peu d’appréhension que Lizzie monta les marches du petit escalier en bois. Elles étaient étroites, très hautes et il n’y avait pas de rambarde à laquelle se rattraper si elle trébuchait. La fillette espérait que ses parents ne remarqueraient pas les traces de ses pas dans la couche de poussière. Il faisait très sombre sous le toit, les rares fenêtres étant condamnées par des panneaux de bois. Heureusement, il y avait de l’électricité et une ampoule poussiéreuse s’alluma lorsqu’elle actionna l’interrupteur. Mais lorsque Lizzie put voir tout ce qui était entreposé là, elle poussa un long soupir de découragement. Chercher une clé dans tout ce bric-à-brac, c’était comme chercher une aiguille dans une botte de foin !
Prenant son courage à deux mains, elle commença à tout retourner dans la pièce. Il y avait de tout, des vêtements par piles entières dont elle fouilla chaque poche, des caisses de vaisselle dont elle souleva tous les couvercles, des cartons de jouets qui étaient pour certains en très bon état et qu’elle décida de descendre dans sa chambre et d’autres au moins aussi vieux que ses grands-parents ! Les précédents propriétaires avaient accumulé beaucoup de choses au fil des années et avaient tout laissé en partant.

Couverte de poussière, Lizzie dut malheureusement se rendre à l’évidence à la fin de la journée. La clé n’était pas dans la maison. Alors qu’elle descendait pour fouiller le jardin où elle avait aperçu un petit cabanon le matin même, elle entendit un camion klaxonner. Ses parents étaient rentrés !

Elle essuya rapidement ses vêtements pour enlever le gros de la poussière et se précipita vers le rez-de-chaussée. Elle arriva dans le hall d’entrée au moment où son père ouvrait la porte.

Lizzie allait se jeter dans ses bras lorsqu’elle aperçut le trousseau de clés dans la main de son père. Outre la clé de l’entrée et sa clé de voiture, une imposante clé argentée brillait entre ses doigts !

— Où as-tu trouvé cette clé, Papa ?
— Bonjour à toi aussi ma chérie, j’espère que tu as passé une bonne journée ! Cette clé était sur le trousseau que l’on m’a donné lors de la vente de la maison. Je ne sais pas ce qu’elle ouvre mais elle est jolie, n’est-ce pas ?
— Oui Papa, très jolie ! Tu peux me la donner, s’il te plaît ? J’en ai besoin ! demanda Lizzie d’un ton pressant.
Son père la regarda d’un air interrogateur puis, devant l’impatience de sa fille, détacha la clé du trousseau et la lui donna.
— Merci ! lança Lizzie en courant vers l’extérieur.
— Attends Lizzie, ne va pas dans le jardin, il va bientôt faire nuit, tu risques de te perdre !
Mais Lizzie était déjà loin. Elle entendait ses parents l’appeler depuis la maison mais elle courait vers le Dragon comme si sa vie en dépendait. En la voyant arriver ainsi, le Dragon se redressa.
— L’as-tu trouvée, petite ?
— Oui ! J’ai fouillé toute la maison, mais elle était sur le trousseau de clés de mon père ! C’est bien celle-ci ? demanda-t-elle en brandissant la clé.
Le Dragon, les yeux brillants, ne put qu’acquiescer.
— Recule-toi, fillette, je vais revenir totalement dans ce monde pour pouvoir détruire le sortilège lié aux chaînes.

Le Dragon, dont les contours devenaient de plus en plus nets, grossissait à vue d’œil. Ses écailles étaient maintenant d’un rouge profond et ses cornes d’un blanc éclatant.

Lizzie s’approcha du Dragon avec une pointe d’appréhension. Il baissa sa large tête pour lui permettre d’ouvrir le cadenas situé à la base de son cou. La clé tourna toute seule quand Lizzie la mit dans la serrure. Le souffle chaud du Dragon sur sa nuque avait quelque chose de rassurant mais Lizzie s’éloigna de nouveau. Les chaînes brillaient intensément alors que le Dragon se redressait. Il cracha un long jet de flammes vers le ciel et déploya soudainement ses deux grandes ailes. Les chaînes avaient disparu !

Le Dragon se redressa totalement, majestueux. Puis approcha son museau de Lizzie.
— Merci, petite. Je dois retourner en Lysandrûl à présent. Tu m’as sauvé la vie. J’ai une dette envers toi. Si un jour tu as besoin de mon aide, appelle-moi, je reviendrais.
— Je m’appelle Lizzie. Au revoir, monsieur le Dragon.
— Au revoir, Lizzie.
Le Dragon scintilla un instant et disparut soudainement. Aux pieds de Lizzie, une écaille ovale, d’un rouge profond, brillait entre les brins d’herbe. Elle sourit.


Illustration de Pablo Vasquez
Histoire Pour Dormir de Léa Gerst
via short-edition

Sandy Et L’avion Rouge

J’adore mon école. Elle est au bout, tout au bout d’un chemin de pierres, là-haut dans les Blue Mountains, les Montagnes Bleues. Dans le dernier virage, à droite, une cascade chante jour et nuit dans un merveilleux berceau de verdure.

L’eau tombe dans les bassins de pierre et forme des sortes de piscines. Les colibris (nous, on dit hummingbirds) passent en un éclair. Leurs battements d’ailes sont si rapides qu’on les voit à peine puiser le nectar des fleurs avec leur bec long et fin. Juste après la cascade, se cachent les ruches dont les abeilles nous donnent du miel délicieux.

Notre école est un grand bâtiment tout simple, à un étage avec une coursive. Toutes les salles de classe donnent sur ce couloir en plein air d’où l’on aperçoit au loin la baie bleue, aussi bleue que l’azur… Au rez-de-chaussée, il y a le bureau de Madame Pearl, la directrice, la salle des professeurs, la cuisine et la cantine. Carolyn nous prépare chaque jour du riz aux pois, rice and peas, c’est un peu notre plat national. On peut en avoir autant qu’on veut. Certains d’entre nous n’hésitent pas à demander une deuxième et même une troisième assiette : c’est leur seul repas de la journée. Sauf à la saison des mangues bien sûr. Il y en a en abondance et on en dévore goulûment plusieurs d’affilée, en laissant le jus couler entre les doigts…

Notre école, c’est le paradis, comme dit le Père Sam qui vient tous les mardis animer notre french club, un cours pas tout à fait comme les autres. Il n’est pas obligatoire. On y apprend une langue étrangère, le français, qui nous servira, plus tard, pour voyager autour du monde. Le Père Sam nous parle de la France, de Paris, de la Tour Eiffel. Il nous a apporté des posters et nous apprend à chanter « Frère Jacques ». Quand je serai pilote, j’irai en France en quelques heures et je rapporterai du parfum pour Mom.

Enfin, c’était le paradis. Et il s’en est fallu de peu que tout cela soit anéanti en quelques heures !

Sandy a failli nous en chasser pour toujours. Sandy n’est pas un bandit comme il y en a à Kingston ou à Spanish Town, dans la plaine de notre île, la Jamaïque. Ni un sorcier comme dans les histoires que raconte ma grand-mère. Sandy, c’est le nom de l’ouragan qui nous est tombé dessus en septembre, l’année dernière.

Je n’ai que six ans mais je m’en souviendrai toute ma vie. La veille, à la cantine, Madame Pearl nous avait demandé de rester à la maison le lendemain. Il ne fallait pas prendre le risque de monter à l’école. Un ouragan était annoncé. Il s’appelait Sandy et risquait de faire beaucoup de dégâts. Il fallait se barricader chez soi, bien fermer les portes et les fenêtres avec des cartons, du bois, des tôles, tout ce qu’on pouvait trouver pour empêcher le vent de s’engouffrer. Et puis attendre.

C’est drôle l’ouragan. D’abord tout est silencieux. Les bêtes, les gens, la nature, tout semble retenir son souffle en attendant le grand coup de vent. On est tous terrés dans nos maisons. Chez nous, on est six : Mom, mes deux grandes sœurs Liz et Steffie, mon frère George, le plus petit – il a quatre ans – moi, Devon, et Grand-Mère. Il n’y a que deux pièces, plus la chambre de Grand-Mère où nous dormons, les deux garçons et elle. Les murs ne sont pas très solides et quand il y a un ouragan, on s’en rend compte, croyez-moi !

Par précaution, j’avais caché nos trésors sous le lit : l’ours de George et mon bel avion rouge – un cadeau du Père Sam qui sait que je veux être pilote –. Tu ne détruiras pas mon avion, Sandy !

On attendait, réunis dans la pièce commune. Et soudain, il arrive ! On entend le vent courir, bondir, voler. Je regarde par une fente de la porte. L’énorme souffle file droit devant lui et emporte tout sur sa route. Crac, les bananiers sont brisés net en trois secondes. Les palmiers résistent mieux ; ils se courbent mais ne cassent pas. Toutes sortes d’objets passent en volant dans tous les sens : des meubles, des bassines, des vêtements ; par la fente j’aperçois le toit de la maison des voisins qui se soulève.

Mom me tire vers l’intérieur de la pièce. Je me blottis contre elle. Grand-Mère agite les lèvres et récite tout bas une prière en patois. Elle m’a raconté l’ouragan Gilbert au siècle dernier. Sa maison avait été complètement détruite. Elle-même avait été sauvée par miracle. Elle s’était réfugiée sous une table qui n’avait pas été emportée par le vent et qui lui avait fait comme une petite caverne au milieu des débris de sa maison, où elle pouvait être protégée et respirer.

Je pense à mon avion et à l’ours de George. Vite, je me glisse dans la chambre et les récupère sous le lit. George est rassuré. Il serre son nounours et moi mon avion rouge. Un avion ça pourrait être tenté par l’aventure : voler dans le grand vent de l’ouragan. Je lui explique tout bas qu’il ne doit pas me quitter. Il est encore un bébé avion. Il doit attendre que je sois pilote.

Quand la pluie a commencé à battre sur le toit, le vent violent est retombé. L’affreux Sandy est parti plus au nord, vers Cuba, New York… Le calme est revenu. On respire.

Le lendemain, nous étions affairés à tout réparer. Madame Pearl est passée pour nous donner la mauvaise nouvelle : le toit de notre belle école n’avait pas résisté. Les salles de classe étaient inondées. Notre french club aussi : l’ignoble Sandy avait emporté tous les posters. La Tour Eiffel, l’Arc de Triomphe. Tous nos rêves.

Alors, dès que nous avons fini de réparer les dégâts chez nous, nous sommes tous montés à l’école. Les adultes se sont mis au travail. Et nous aussi. Le Père Sam a été formidable : il a aidé Madame Pearl à demander des sous pour que l’école soit reconstruite encore plus belle qu’avant.

Mon avion rouge a désormais un petit hangar au french club. Il faut qu’il apprenne le français lui aussi pour qu’on aille ensemble, à Paris, chercher du parfum pour Mom.

Histoire Pour Dormir
Histoire Pour Dormir

Illustration de Miia Illustratrice
Histoire Pour Dormir de Jeanne Mazabraud
Via short-edition

Pour une poignée de mangues

Histoire Pour Dormir | Ce matin au breakfast on a eu des mangues. Dorées, juteuses, un peu poivrées. Elles sont délicieuses. On en a eu aussi hier soir pour le dîner et pareil les jours d’avant. À la saison des mangues, on ne mange que ça.

Mommy dit que c’est bon pour la santé et pour son porte-monnaie : il suffit de les cueillir au bord des routes. À l’école, de toute façon, on a droit au lunch : riz, pois et sauce et parfois du poulet. C’est suffisant. Tant que j’irai à l’école, pas de problème.

« Maxine, me dit souvent Mommy, de plus en plus souvent depuis que je vais sur mes dix ans, l’école ce sera bientôt fini. Tu devras m’aider à nourrir la famille. » Nous sommes quatre, deux garçons, deux filles. De pères différents, que nous n’avons jamais vus, ni les uns ni les autres. La plupart des familles de Tivoli Gardens sont dans le même cas.

Mon Daddy, il paraît qu’il vit à New York, Jamaica avenue. Un jour je partirai là-bas pour le retrouver. Tous les Jamaïcains se connaissent. La communauté m’aidera. J’aurai un smartphone et des écouteurs. Et j’irai au collège. Je deviendrai célèbre, comme Usain Bolt et Shelly-Ann Fraser.

Les mères – la mienne s’appelle Georgia – se débrouillent pour faire bouillir la marmite. On a un crédit à la Staline Grocery, sur la place où le Don a aussi ses « bureaux ». Nous les filles, nous évitons de passer près de ce bâtiment. Interdit par les mères. Les bodyguards du Don qui sont armés nous surveillent de loin quand nous longeons les murs jaunâtres. « Hey babe psst psst com’on », sifflent-ils en lorgnant nos petites tresses, nos jambes nues, nos petits seins qui poussent trop vite. Mommy m’a prévenue : le Don est un méchant ogre qui ne fera qu’une bouchée de notre jeunesse. Je ne sais pas exactement ce que ça veut dire. Ma copine Tessa non plus, ni ma petite sœur Karlene, mais ce qu’on sait c’est que le Don est le boss de toute la garrison – c’est le nom qu’on donne à notre quartier et à tous les autres du même genre en Jamaïque, des baraques de taule ondulée et de bois qui s’entassent le long de chemins étroits, gorgés de boue à la saison des pluies. Le Don, qui obéit aux chefs du Parti, doit faire rentrer le cash pour eux, il organise la vie de la communauté, distribue le « travail » aux gars et aux filles : faire le guet, passer la ganja et le reste, danser sur les dancefloors – et le reste aussi, dit Mommy avec amertume. Mais ça, c’est quand nous serons grandes. Bientôt. « Too quickly » dit Mommy avec ses yeux tristes et durs quand j’essaie de comprimer mon corps dans une tunique trop étroite.

Aujourd’hui en allant chez Staline j’ai remarqué une grande agitation. Les bodyguards sont nombreux et très nerveux. Un hélicoptère blanc fait des tours au-dessus de la garrison. « Grouillez les filles, rentrez chez vous », nous dit Staline. « Et repérez les souterrains », souffle-t-il mystérieux. Les souterrains ? Comme tout le monde j’en ai entendu parler. Ils conduiraient jusqu’au port, en passant sous les routes et les bâtiments. Et même sous la prison qui n’est pas loin d’ici. Une ville sous les taudis.

Mommy nous attend, inquiète, impatiente. Elle nous ordonne à chacun de mettre tout ce qu’on peut, tout ce qu’on a dans un sac. Je dois aider Karlene et ne pas lâcher sa petite main brune qui, de toute façon, s’agrippe à moi. On entend l’hélico tout proche. Et d’autres bruits éclatent : soudain ça tire dans tous les coins. Cavalcades. Hurlements. Terreur. Les garçons se serrent contre les jambes de Mommy. Karlène pleure à gros sanglots. « Silence, silence » ordonne – implore – Mommy. « Don’t move ». On les sent passer dans la ruelle. Ils filent vers le fond de Tivoli là où habitent Tessa et sa mère. Coups de brutes. Tirs effrénés. Nous tremblons comme des palmiers dans l’ouragan.

L’hélico tourne, tourne. Puis silence. Mommy nous lâche, sort. La pétarade de la kalach’. Mommy, Mommy, non !

Une flaque sombre s’infiltre. Je n’ai pas le temps de retenir les petits. Ils sont déjà sur le seuil. Trop tard. Nouveaux tirs…

Karlene et moi terrées sous la table. La course s’éloigne. Ne pas pleurer. Ne pas hurler. Au fond de la cabane un trou dans la taule, celui que Mommy voulait reboucher sans jamais l’avoir fait ; on se faufile, serrant le sac. Des flammes, un brouillard âcre, des cris et une agitation désordonnée. Où aller ? Inattendu George, notre voisin, se plante devant nous. « Quick, com’on girls ». Il me tire brutalement, je traîne Karlene.

Il fait noir, humide, chaud. Nous sommes sous terre. Le souterrain ? Tivoli Gardens underground, ce n’était donc pas une blague ? Il faut suivre George qui nous chuchote des encouragements (« Yes, good girls, don’t worry ! Hurry up ! »). Nous croisons des ombres. J’essaie de ne pas penser à Mommy abandonnée sur le seuil avec les garçons. J’essaie de tenir bon, la petite main de Karlene dans la mienne. On bute dans les trous, ça pue, mais au bout c’est la liberté. Enfin c’est George qui le dit et je VEUX le croire. Il le FAUT.

Un goût de sel. Le vent de la Baie de Kingston ! Le bleu du ciel et de la mer des Caraïbes. Le grand George nous hisse hors du trou, nous plonge dans l’agitation du port. Des hommes courent en tous sens, se hèlent, crient et, oui, rient. L’un d’eux s’arrête, nous jette deux mangues dans les mains. « Vous aurez des provisions pour la traversée », sourit George encourageant, une poignée de mangues du pays.

Et soudain, sans avoir le temps de penser, ni même de respirer, nous voici sur le pont du cargo. Les sirènes s’enclenchent, les moteurs s’ébranlent. Au loin une fumée noire survolée par un hélicoptère signale Tivoli Gardens. Nous abandonnons tout. Mommy. Notre enfance. Staline et son épicerie.

À nous l’Amérique ?

Les Sablés De Noël

C’est bientôt Noël et, au château, quelle agitation ! Tout doit être fin prêt pour le réveillon ! Les cuisiniers mélangent un plat en sauce, surveillent la cuisson d’un poisson, épluchent des légumes, font rôtir les volailles et préparent les bûches de Noël…

Les valets et les femmes de chambre balaient les pièces, astiquent chaque recoin du palais, décorent les salles à manger et aèrent les chambres des invités.
Chacun y met du sien pour que tout soit parfait !

Lisette, aide-cuisinière, est embauchée pour faire les sablés de Noël. Des centaines et des centaines de petits biscuits à distribuer en guise de cadeau aux invités du château.

Comme il n’y a plus de place dans la cuisine, on a installé la jeune fille dans le village, dans une petite chaumière attenante au palais. Les ouvriers lui ont construit un four. Les valets lui ont apporté une table, un tabouret et tous les ingrédients et ustensiles nécessaires à la fabrication des biscuits.

On lui a proposé de l’aider, mais elle a bien vu que tous étaient très occupés. Lisette a bon cœur, elle ne veut pas les déranger. Elle a assuré qu’elle réussirait toute seule à confectionner les sablés.

Alors, elle pétrit, étale et découpe des formes dans la pâte sablée. Des étoiles, des sapins, des cœurs… Et hop ! Une fournée prête à cuire…

Lorsque les biscuits sont bien dorés, elle les laisse refroidir puis elle les décore. Un beau glaçage blanc qui rappelle la neige, de petites boules de sucre coloré, et les voilà prêts à être dégustés…

Aujourd’hui, c’est la veille de Noël. Il est très tard et il fait nuit depuis longtemps. Elle a presque fini son travail. Elle n’a plus que quelques biscuits à faire cuire, encore quelques-uns à décorer, et elle pourra aller se reposer. Son dîner et son petit lit bordé d’une couverture bien chaude l’attendent dans un coin de la maisonnette.

Lisette est fatiguée, elle est contente d’avoir bientôt terminé. Au château, elle le sait, tout le monde dort. Les lumières sont éteintes, elle est seule à encore veiller.

Dans la pièce à peine éclairée, elle se remet à pétrir, à étaler et à découper des formes dans la pâte sablée. Des étoiles, des sapins, des cœurs… Et hop ! une fournée prête à cuire…

Soudain, elle entend un bruit… Un gros ” toc ! toc ! toc ! ” qui résonne dans la chaumière. Il y a quelqu’un qui frappe à la porte ! Lisette a un peu peur, mais elle court ouvrir. Elle ne veut pas laisser attendre dans le froid la personne qui a frappé.

Un homme fort bien habillé entre et se dirige vers le feu pour réchauffer ses mains et ses pieds mouillés. Il est grand, et ses cheveux sont constellés de flocons de neige. Mais cela ne semble pas le déranger. Il a surtout l’air pressé. Il demande poliment à parler au chef cuisinier.
— Il n’y a que moi ici, monsieur, répond Lisette de sa petite voix. Tous les autres sont au château, en train de se reposer.
— Quel dommage ! s’exclame l’homme. J’aurais aimé pouvoir lui acheter quelques biscuits. Voyez-vous, nous avons fait un long voyage pour arriver jusqu’ici, avec ma famille. Il est tard, toutes les échoppes sont fermées, et mes enfants voulaient tant manger des douceurs avant d’aller se coucher… Quand j’ai vu qu’ici la lumière était allumée et que j’ai senti la bonne odeur de biscuit, je me suis dit que peut-être, j’y trouverais quelque chose pour les satisfaire. Tant pis, je vous laisse travailler.

Et l’homme, un peu déçu et toujours pressé, retourne d’un pas rapide vers la porte et vers le froid.

Lisette a bon cœur, elle se sent bien désolée pour les enfants de ce grand monsieur si élégant. Elle se sent bien désolée aussi pour lui qui a bravé le froid, qui a mouillé ses beaux habits pour leur faire plaisir et qui n’a rien trouvé à leur rapporter.

Alors, avant qu’il franchisse l’entrée, la petite cuisinière attrape quelques sablés qu’elle a mis tant de temps à préparer et les glisse dans les poches de son manteau en disant :
— Voici pour vos enfants, prenez ! C’est de la part du roi. Il ne voudrait certainement pas que des enfants s’endorment tristes une veille de Noël !

Ravi, l’homme la remercie et part rejoindre les siens. Sa haute silhouette s’évanouit dans la nuit.

Lisette ferme la porte, heureuse d’avoir pu aider quelqu’un. Il manque bien quelques biscuits maintenant, mais si elle se dépêche, elle pourra en refaire pour que chaque invité du château en ait.

Alors elle se remet à pétrir, à étaler et à découper des formes dans la pâte sablée. Des étoiles, des sapins, des cœurs… Et hop ! Une fournée prête à cuire…

Soudain, encore un bruit ! Un petit ” toc ! toc ” qui effleure à peine le bois.
Un peu inquiète, Lisette ouvre la porte et fait entrer une vieille femme tirant derrière elle une brouette remplie de fagots et de bûches. Vêtue d’une robe toute rapiécée, celle-ci semble transie de froid. La petite fille la dirige vers le feu et lui donne son tabouret, pour qu’elle puisse se réchauffer un peu. Au bout d’un moment, les traits plus détendus, la vieille femme raconte son histoire.
— Brrrrr ! il fait si froid, dehors ! Mes enfants et petits-enfants doivent venir chez moi demain. Je suis partie dans la forêt chercher du bois, pour que l’on ait bien chaud. Hélas ! La neige s’est mise à tomber en même temps que la nuit, et je me suis perdue ! J’ai longtemps marché dans la forêt avant de retrouver mon chemin. Heureusement que ta lumière était allumée, sinon je serais encore en train d’errer ! Merci, mon petit, maintenant que je suis bien réchauffée, je vais pouvoir rentrer. Je vois que tu es en train de cuisiner. Moi-même, j’ai encore tous les biscuits pour demain à préparer, je ne suis pas près de me coucher…

Et la vieille dame fatiguée retourne lentement vers la porte et vers le froid. Lisette a bon cœur, elle se sent bien désolée pour cette vieillarde épuisée qui va devoir cuisiner jusqu’à l’aube. Alors, avant qu’elle franchisse l’entrée, la jeune demoiselle attrape plusieurs poignées de sablés qu’elle a mis tant de temps à préparer et les met dans la brouette, entre les fagots, en disant :
— Prenez-les et allez vous allonger ! C’est de la part du roi. Il ne voudrait pas qu’une vieille femme ne puisse pas dormir la veille de Noël.

Heureuse de pouvoir aller se reposer, la grand-mère remercie Lisette avec effusion et sort de la cuisine. Sa silhouette courbée disparaît dans la nuit.
La jeune fille referme la porte, un sourire aux lèvres. Ses yeux se posent sur les biscuits qu’elle a confectionnés. Il en manque beaucoup, maintenant. Elle va devoir travailler encore un moment, si elle veut que chaque invité du château en ait.

Alors, elle se remet à pétrir, à étaler et à découper des formes dans la pâte sablée. Des étoiles, des sapins, des cœurs… Et hop ! Une fournée prête à cuire…

Quand elle entend un petit bruit, un petit ” toc ” tout tremblant, Lisette n’est même pas étonnée. Elle ouvre grand sa porte et laisse entrer deux enfants sales et grelottant. Ils sont en haillons, ce sont des mendiants. Elle les assoit près de la cheminée, les enveloppe dans sa couverture et leur donne le pain et le lait chaud qu’elle gardait pour son dîner. Les petits reprennent enfin des couleurs, et la fille, la grande sœur sans doute, se met à parler :
— Merci beaucoup ! Sans toi, nous serions morts de froid. Avec les autres enfants des rues, nous avons tiré à la courte paille pour savoir qui sortirait chercher à manger par ce temps glacé. C’est mon petit frère qui a perdu, alors je l’ai accompagné. Mais toutes les maisons sont fermées, tout le monde est couché. Seule ta chaumière est encore éclairée. Nous ne voulons pas te déranger plus, nous allons nous remettre en route. Mais ça sent si bon chez toi… Aurais-tu, s’il te plaît, des biscuits ratés, trop cuits, un morceau de pain rassis ou encore des fruits gâtés afin que nos amis puissent à leur tour manger ?

Ils se dirigent vers la porte et le froid en la regardant d’un air suppliant. Lisette a bon cœur. Elle se sent bien désolée pour tous ces enfants affamés aux portes du palais. Alors elle prend un grand sac de toile et elle glisse dedans tous les sablés qu’elle a mis tant de temps à préparer en disant :
— Tenez, prenez ! C’est de la part du roi. Il ne voudrait pas que des enfants soient affamés une veille de Noël.

Les petits lui sautent au cou pour la remercier, puis ils partent retrouver leurs amis. Leurs petites silhouettes se confondent avec la nuit.

Lisette referme la porte, les larmes aux yeux pour ces petits êtres bien éprouvés. Elle a donné tous les sablés, tous les biscuits dorés et si bien décorés… Elle va devoir travailler toute la nuit pour que chaque invité du château en ait, mais tant pis !
— Ça en valait la peine ! se dit-elle.

Alors, elle se remet à pétrir, à étaler et à découper des formes dans la pâte sablée. Des étoiles, des sapins, des…
Chuuuuut ! La fillette, épuisée, s’est endormie sur la table. Sur son visage couvert de farine flotte un sourire heureux d’avoir pu réconforter tant de gens en cette veille de Noël.

Mais le lendemain, quand trois valets viennent chercher le travail de la petite cuisinière, celle-ci dort encore, le nez dans la pâte crue.
— Fainéante ! s’écrie l’un des valets. Que fais-tu à roupiller alors que tout le monde est si pressé ? C’est Noël, aujourd’hui, les invités sont arrivés ! Il faut leur donner les sablés que tu devais préparer ! Où sont-ils passés ? Tu les as volés ? Tu les as mangés ? Les as-tu au moins confectionnés ?

Et voilà que les hommes traînent une Lisette encore tout endormie hors de la chaumière, dans le froid de l’hiver. Ils hurlent que ça ne se passera pas comme ça, qu’elle va devoir en répondre devant le roi !
Tiens, justement ! Le voilà, le roi. Il déambule dans le village, souhaitant un joyeux Noël à chacun de ses sujets. Lorsqu’il entend les valets crier, il s’approche, curieux de voir qui est si mécontent en ce jour de fête.
— Pourquoi donc êtes-vous en colère après cette demoiselle ? Je vous écoute, que se passe-t-il ?

Les trois valets racontent alors comment Lisette a été embauchée pour fabriquer les biscuits de Noël. Comment elle devait pétrir, étaler puis découper des formes dans la pâte sablée. Des étoiles, des sapins, des cœurs qu’elle devait alors cuire jusqu’à ce qu’ils soient bien dorés. Comment elle devait les décorer pour les offrir aux invités du palais. Comment ils l’ont découverte endormie et comment ils ont cherché partout dans la chaumière les petits biscuits sans les trouver.
— Elle a sûrement dû les voler ! dit le premier valet.
— Ou les manger ! lance le second.
— Ou tout simplement ne pas les avoir confectionnés ! conclut le troisième.

Le roi a bon cœur. Il se sent bien désolé pour cette jeune fille qui tremble de froid autant que de peur. Il ôte son manteau d’hermine et le pose sur les frêles épaules de Lisette. Puis il demande d’un ton plein de compassion :
— Qu’as-tu à dire pour ta défense ? Je vois que tu as travaillé, tes mains sont pleines de pâte collée et tu as de la farine sur les joues et le bout du nez. Où sont donc ces sablés ?
Lisette s’apprête à répondre quand une voix d’homme retentit :
— C’est à moi qu’elle les a donnés en votre nom. Elle avait pitié de mes enfants gourmands.

L’élégant monsieur qui lui a rendu visite la veille au soir est là, entouré de sa femme et de ses enfants ! Il veut la défendre des accusations des valets mécontents.
— Elle m’en a donné aussi beaucoup de votre part ! dit alors une douce voix.

La vieille femme qui était venue se réchauffer dans la chaumière de Lisette s’avance alors, suivie de toute sa famille.
— J’étais si épuisée hier soir, qu’elle m’a tendu ses sablés pour que je n’aie pas à cuisiner et que je puisse me reposer. C’est un ange, ne la punissez pas !
— Nous aussi, on en a mangé ! Elle a dit que vous ne laisseriez pas des enfants affamés une veille de Noël !

Une multitude d’enfants vêtus de guenilles se mêlent à la foule assemblée autour de Lisette, du roi et des valets. Une fillette se plante aux pieds du souverain, tenant son petit frère par la main.
— On avait froid, on avait faim. Elle nous a réchauffés, nous a nourris et elle nous a donné tous les biscuits qu’elle avait faits, pour nos amis.
— Voilà où ils sont donc passés, ces biscuits ! dit alors le roi avec un grand sourire.

En regardant Lisette, il ajoute :
— Eh bien, petite cuisinière, tu as très bien fait. Mes invités seront bien nourris, au palais. Ils ont certainement beaucoup moins besoin de ces sablés que tous ces gens ici présents !

Il la nomme sur-le-champ chef cuisinier et l’invite à sa table pour le réveillon. Elle a droit aux mets les plus fins, aux meilleurs vins ! Et plus tard, lorsqu’elle est bien fatiguée, on la mène à un lit si confortable qu’elle s’endort aussitôt sans prendre le temps de se débarbouiller…

Désormais, chaque Noël, Lisette, qui a bon cœur, pétrit, étale et découpe des formes dans la pâte sablée. Elle fait cuire les biscuits jusqu’à ce qu’ils soient bien dorés, les laisse refroidir puis les décore de glaçage blanc et de boules de sucre coloré.
Ensuite, elle les dépose dans une petite chaumière bien chauffée attenante au palais. Chacun, riche ou pauvre, jeune ou vieux, invité du château ou habitant du village, voyageur ou va-nu-pieds, peut venir se réchauffer devant la cheminée et déguster les biscuits joliment décorés.
On raconte même que parfois, lorsqu’il n’est pas trop pris par son travail, le roi, qui a bon cœur également, vient aider Lisette à confectionner les petits sablés…


Illustration de Adora
Histoire Pour Dormir de Claire Joanne
via short-edicion.com

La chasse au trésor de Tom

Histoire Pour Dormir | Cela doit bien faire deux heures qu’ils marchent. Les lumières de la ville sont loin. Les maisons ont disparu depuis longtemps. Ils avancent maintenant dans la forêt et le soir tombe. Tom se pique aux épines des buissons et il a mal aux jambes.

— C’est encore loin, Tom ? J’ai soif !

Pourquoi avait-il dit à sa petite sœur de venir avec lui ? Mély a huit ans, elle ne marche pas vite. Elle a peur du noir et des bruits de la forêt. Ils se sont arrêtés plusieurs fois déjà. Mély avait entendu des serpents. Puis des sangliers et même des monstres ! En fait c’était Fox, leur chien, qui les avait suivis. Ils sont contents que Fox soit avec eux, finalement.

Tom sort une lampe de poche de son sac. Il suit du doigt les traits sur la carte. D’après les indications, ils ne devaient pas être très loin du but de leurs recherches mystérieuses. Il regarde autour de lui et voit une croix rouge sur le tronc d’un grand arbre. C’est le signe qu’il cherchait ! Enfin !

— A partir de là, il faut prendre à droite et compter trente pas, dit Tom à voix haute.

Tom et Mély comptent leurs pas, en s’appliquant.

— Maintenant, il faut chercher une croix blanche sur le tronc d’un arbre, continue Tom.

Ils passent un bon moment à regarder chaque arbre. Il fait presque nuit et ce n’est pas facile. Mély commence à perdre courage. Elle a envie de pleurer mais elle ne veut pas que son frère la voie.

— Tom regarde, là ! crie Mély.

Elle pointe le doigt vers un arbre. Tom court vers sa sœur et voit une belle croix blanche sur le tronc. Il est tellement content qu’il lui colle un bisou sur la joue !

Vite, ils sortent la mini pelle et la petite pioche du sac à dos. Tom prend la pelle et Mély la pioche. Heureusement, la terre de la forêt est molle et facile à creuser avec leurs outils d’enfants. Si la carte est juste, le fameux trésor de l’Hermione est là, juste sous leurs pieds ! Enfouie avec soin par le capitaine du navire l’Hermione, la merveilleuse collection de pièces d’or et de pierres précieuses est cachée, ici-même, depuis trois siècles au moins.

Cette carte, Tom l’a trouvée au milieu de vieux livres dans le grenier de leur nouvelle maison. Leur maman a changé de travail et ils ont dû déménager. La nouvelle maison est grande et ils ont beaucoup de cartons à vider. Papa a mis au grenier des choses à ranger plus tard.

Tom adore le grenier et il y passe beaucoup de temps. A côté des cartons de ses parents, il a trouvé deux grosses boîtes. Dans la première, il a découvert des clous, de la ficelle et de la colle à bois toute sèche. Dans la deuxième boîte, des livres très vieux et pleins de poussière et la fameuse carte. Elle a tellement voyagé que le soleil a jauni le papier et que les coins sont tout abîmés !

Il a vite compris que cette carte cachait un secret. Il n’en a parlé à personne. Pas à ses parents, bien sûr. Ni à ses copains d’école. Il sait très bien qu’ils ne le croiraient pas. Et il préfère le découvrir seul, ce trésor caché. Cela fait bien des semaines qu’il prépare son plan. Le sac à dos, les petits outils de jardin, tout était prêt.

Au dernier moment, Mély a deviné qu’il se passait un truc bizarre. Elle lui a posé plein de questions. A la fin, il a eu peur qu’elle en parle aux parents. Il a dû lui raconter son secret. Et bien sûr, elle a voulu venir avec lui ! Ils ont décidé que le Grand Jour serait aujourd’hui. En rentrant de l’école, ils se sont mis en route.

— Tom, je suis fatiguée !

Mély n’en peut plus, elle est fatiguée de creuser et s’est assise sur la mousse. Elle a envie de pleurer à nouveau. Peut-être que Tom a raconté des mensonges, que le trésor n’existe pas. Peut-être qu’il s’est juste moqué d’elle ? Elle passe ses bras autour du cou de Fox qui lui lèche la joue.

Tom aussi est fatigué mais il ne veut pas le montrer. Il continue de creuser la terre molle. Elle forme un tas de plus en plus haut. Tout à coup, il entend un bruit métallique. La pelle de Tom vient de toucher quelque chose de dur ! Mély se lève d’un bond et reprend sa pioche. Ils se mettent alors à creuser de toutes leurs forces. Même Fox les aide.

— Allez, Mély, on y est presque ! l’encourage Tom.

Une partie du coffre est bien visible, il faut maintenant le sortir de terre… Ils tirent sur la poignée de côté, encore quelques efforts pour y arriver. Ça y est, le coffre est devant leurs yeux, enfin ! Malheureusement, un lourd cadenas le ferme et même s’il est rouillé, il tient bon… Ils n’ont évidemment pas la clé pour l’ouvrir, mais ouf ! Tom a pris dans son sac des tournevis de papa.

Malgré tout, Tom est un peu surpris. Il est bizarre ce coffre. Pas du tout comme il le voyait en fait. Il imaginait un coffre comme dans les livres de pirates : un vieux coffre en bois, avec des angles en métal et des clous rouillés, qui sent un peu le moisi. Celui-là ne ressemble pas du tout à un coffre à trésor. On dirait même une espèce de… sarcophage ?!

— Eh bien Tom, tu rêves ? Peux-tu répéter ce que je viens de dire ? En quelle année les pyramides d’Egypte ont-elles été achevées ?

Madame Rostand est debout devant lui, le regard sévère. Elle n’a pas l’air de rigoler et elle attend sa réponse. Le reste de la classe a les yeux fixés sur Tom. Il a du mal à comprendre ce qui se passe. Tom se frotte les yeux, oui il est bien en classe… En 6ème F, au troisième rang.

— Tu copieras dix fois la leçon d’aujourd’hui pour te réveiller, Tom. Eh bien ne fais pas cette tête, on dirait que tu as déterré un mort !

Madame Rostand repart vers le tableau.

Comment a-t-il fait pour s’endormir en cours d’histoire ? Il se rappelle alors qu’il a lu tard dans son lit, hier soir. Un vieux livre trouvé au grenier. Une incroyable histoire de chasse au trésor, bien plus passionnante que les cours de Madame Rostand !

Histoire Pour Dormir
Histoire Pour Dormir

Illustration de Pablo Vasquez
Histoire Poire Dormir de Flo Tanor
via short-edition

 

Justine Et Le Mystère De La Montre À Gousset

Justine Et Le Mystère De La Montre À Gousset

Histoire Pour Dormir | J’habite Gardanne, ancienne ville minière, et j’ai la chance d’avoir une belle librairie dans ma ville. Certains enfants salivent devant les vitrines des boulangeries, moi je préfère les librairies. Je m’arrête tous les jours face à la vitrine « Aux vents des mots » après l’école avec Fabien. Fabien c’est mon ami d’enfance. Aujourd’hui, il est malade. Ce n’est vraiment pas de chance. On partage, entre autres choses, le goût des livres. J’en emprunte souvent à la bibliothèque municipale. On n’a pas assez d’argent pour en acheter. Dimanche, j’ai eu dix ans et ma mère m’a donné des sous. Pour la première fois, je pousse la porte de la librairie, le cœur battant.

— Bonjour fillette, qu’est-ce qui vous intéresse ? Bandes dessinées ? Petits romans ? Mangas ?

— Non, monsieur. Les livres d’Histoire, je réponds, fière de moi.

Le libraire me fixe étrangement. J’ai l’habitude. Ce n’est pas ordinaire, une fille de mon âge qui aime les livres d’Histoire. Il m’indique le fond du magasin.

— Je pense que j’ai ce qu’il vous faut sur les étagères de gauche.

L’odeur du papier, mélangée aux bois du mobilier m’enivre. Mes mains fébriles caressent les couvertures, mes doigts suivent la courbe élégante des lettres. Mes yeux gourmands avalent les feuilles délicates et boivent l’encre des mots. J’aime les déchiffrer et me plonger dans leur monde mystérieux. Un livre jaune, en haut de l’étagère, m’attire comme un aimant. Je me hisse sur les talons, je tends les mains le plus haut possible.

— Tenez fillette ! dit le libraire en me tendant le livre.

— Je ne m’appelle pas fillette, je m’appelle Justine. Atchoum ! Atchoum ! Atchoum !

Le libraire retourne à ses occupations. Je me mouche tout en déchiffrant le titre « Percez le mystère de la montre à gousset ». C’est un livre-jeu. À l’intérieur, il y a des rébus, des textes à trous à déchiffrer et une surprise. Parfait ! J’adore jouer et j’aime encore plus les surprises. Les bonnes, évidemment. J’ouvre le livre, je tourne les pages avec délicatesse.

— Alors Justine, il vous tente ?

Je sursaute de surprise. Plongée dans la découverte du livre, je n’ai pas entendu le libraire revenir.

— Euh… Oui…

La sonnette tinte, un couple entre. Le libraire se détourne pour les accueillir avec un large sourire.

— Bonjour, madame et monsieur Soler…

Une reproduction d’une montre ancienne est offerte avec le livre, ça s’appelle une montre à gousset. Une rose est sculptée avec finesse sur le couvercle de couleur cuivre. Je lis la première page, la montre à gousset est apparue au XIXème siècle. Les dandys la portaient dans une poche appelée « gousset », d’où leur appellation. Il y a aussi des explications sur le fonctionnement. Il faut tourner la molette qui se trouve au-dessus du chiffre XII afin de la remonter. Un regard à droite. Le libraire est occupé avec les clients. Très bien ! Je l’extirpe du livre. Une longue chaîne dorée se déroule sous mes doigts. J’appuie sur un petit bouton et le couvercle s’ouvre. Avec mille précautions, je tourne la molette vers la gauche. J’entends un énorme CLIC. Tout à coup, un nuage opaque de poussière m’enveloppe. Je ne distingue plus rien. J’ai la tête qui tourne et je trébuche sur un fauteuil moelleux que je n’avais pas vu en entrant. J’éternue au moins vingt fois de suite. Ah ! Ces maudits acariens !

Quand j’ouvre les yeux, la librairie a disparu et le livre avec. Ne reste dans mes mains que la montre à gousset et près de moi, le libraire, affublé d’une perruque blanche très impressionnante. Il porte une chemise large à manches flottantes et un pourpoint. Ses jambes sont recouvertes de bas et ses pieds chaussés de souliers à talons hauts. Le tout garni de rubans tissés en soie, de flots de dentelle, de nœuds. J’étouffe un rire. J’avoue que ça claque, comme dirait ma sœur Laura !

— Où suis-je ?

— Justine, vous êtes à la cour de Louis XIV, le Roi Soleil, répond-il d’un air solennel.

Assise sur un fauteuil tapissé de motifs fleuris, mes bras reposent sur des accotoirs rembourrés.

— Oh, mais qu’est-ce que je fais habillée ainsi ?

Je suis vêtue d’une lourde robe bleue, chamarrée, avec des falbalas. On dirait une princesse des livres de contes. Pouah ! Moi qui n’ai que des pantalons dans mon armoire, là je suis servie ! Le libraire transformé en courtisan me regarde avec affection.

— Vous avez découvert le secret de la montre à gousset. Depuis des années, ce livre était sur les étagères. Personne ne s’en était préoccupé.

— Ah bon !?
Je ne comprends absolument rien à tout ce qui se passe.

— Grâce à votre curiosité, nous avons remonté le temps jusqu’au règne du Roi

Louis XIV. Nous sommes en 1682.

À la fois excitée et inquiète, je réponds :

— Pourquoi moi ?

— Parce que vous avez tourné les pages… et la molette.

— Je suis en train de rêver, je vais me réveiller…

— Pincez-vous fort !

Je me pince très fort la peau.
— Aïe ! Non je ne rêve pas.
— Convaincue ? Lissez votre robe. Ouvrez grand les oreilles et admirez ! Vous êtes dans la galerie des Glaces du château de Versailles. Cette galerie relie le salon de la Guerre à celui de la Paix. Les plafonds sont très hauts, ornés de scènes épiques peintes par des artistes dirigés par Charles Le Brun. Cette gigantesque composition retrace les dix-sept premières années du règne du Roi-Soleil, qui gouvernera soixante-douze ans.

Ça claque ! Des lustres gigantesques brillent de mille feux. D’un côté, dix-sept miroirs et de l’autre dix-sept fenêtres. C’est… waouh… magique de voir les jardins et la lumière se refléter dans les glaces. Et voir mes cheveux c’est waouh aussi ! Ils forment de grosses boucles soutenues par des rubans et des épingles qui cascadent sur mes épaules. Qu’est-ce que c’est que cette coiffure ? Moi qui vais à l’école sans me peigner si Maman ne m’arrête pas sur le pas de la porte… Je ne vais pas faire la fine bouche tout de même, je suis à la cour du Roi Louis XIV !

Je m’approche des fenêtres. En bas, il y a des bosquets, des parterres d’eau, des arbres par dizaines. Un grand canal coule au milieu.

— C’est André Le Nôtre, aidé de Jean-Baptiste Colbert, qui a conçu ces jardins à la française, m’explique le libraire. La création des jardins demande un travail colossal. D’énormes charrois de terre sont nécessaires pour aménager les parterres, les bassins, le Canal, là où n’existaient que des bois, des prairies et des marécages. La terre est transportée dans les brouettes, les arbres sont acheminés par des chariots de toutes les provinces de France ; des milliers d’hommes, quelquefois des régiments entiers, participent à cette vaste entreprise.

Je n’ai qu’une envie, me promener là, tout en bas. J’attrape ma robe avec maladresse, la relève tant bien que mal et dévale les escaliers sous l’œil amusé des dames et des messieurs. Je manque de tomber et je me rattrape de justesse. La honte si je m’étalais par terre !

— Qui est donc cette jeune damoiselle ?

Les courtisans et courtisanes se piquent de curiosité. Je leur adresse mon plus beau sourire. Je profite au maximum. Voir en vrai ce que j’ai lu est tout simplement fantastique. Quand je raconterai cette aventure à ma mère… Et puis, non, je me tairai ou elle pensera que je délire sous l’effet de la fièvre. Elle est capable de m’enfermer dans ma chambre jusqu’à ce que SOS médecin m’ausculte des pieds à la tête. Je le raconterai à Fabien. Lui, il me croira.

Je reste médusée par les jardins à la française : fontaines et statues de chevaux, de cavaliers et de déesses, jeux des eaux, des ombres et des reflets.

Le soir tombe. Au fur et à mesure, des bougies illuminent les jardins, les hommes au visage poudré, coiffés d’énormes perruques et les femmes en robes majestueuses, assorties de capes de taffetas nouées sur la poitrine.

Et soudain, là, le roi Louis XIV descend les escaliers que j’ai dévalés quatre par quatre. Il brille de toutes parts. Sur la tête, il porte un immense chapeau en forme de soleil. Son habit, ses bottes, ses collants sont aussi jaune doré. Sa démarche est majestueuse, son port de tête altier. Les courtisans exécutent une révérence. Nous les imitons avec maladresse. Le libraire me chuchote à l’oreille :

— Vous avez deviné ? C’est le Roi Soleil, de son vrai nom Louis Le Grand. N’est-il pas élégant ?

Émerveillée, la bouche en cœur, je le détaille.
— Ça claque !

Sur la tête, un immense chapeau avec des pompons de couleurs rose, bleus et vert pâle et des rayons de soleil entourent son visage. Un justaucorps à manches longues couvre sa poitrine et en son centre, un soleil est brodé. Une jupe faite de plumes jaunes encercle sa taille fine. Des collants et des chausses dorées recouvrent ses mollets. Ses pieds sont garnis de souliers à talons hauts, jaunes également. Le Roi Soleil irradie. Il me fixe avec intensité. Je suis pétrifiée de peur et de joie mêlés. Si on m’avait dit que je le verrai d’aussi près…

Je sens vibrer quelque chose dans la paume de ma main droite. La montre à gousset, je l’avais complètement oubliée ! Les aiguilles s’affolent, bougent dans tous les sens. Tout à coup, un nuage de poussière m’enveloppe. Je ne distingue plus rien. Atchoum ! Atchoum ! Atchoum ! Ah ! Ces maudits acariens !

Le libraire tapote ma joue, en douceur. Je reprends mes esprits petit à petit.
— Justine… Vous allez mieux ?
— Euh… Où suis-je ?
— Aux vents des mots.

Le Roi Soleil a disparu et avec lui, le château, la galerie des Glaces et les jardins à la française. Disparues aussi ma belle robe et la perruque gigantesque du libraire ! Assise sur une chaise inconfortable, j’essaie de reprendre mes esprits. Je tiens, dans une main, le livre-jeu et dans l’autre, la montre à gousset.

— Justine, prenez-vous ce livre ?
— Oui, bien sûr… N’ai-je pas percé son mystère ?, dis-je sur un ton espiègle.

Le libraire me fait un clin d’œil complice. Je paye en serrant fort le livre contre mon cœur. J’ai hâte de raconter mon aventure à Fabien.

Histoire Pour Dormir
Histoire Pour Dormir

Histoire Pour Dormir de Régine Raymond-Garcia
Illustration de Lou Lubie
Via Short Edition

Les poudres de Tancrède

Tancrède lançait ses tonnes de maléfices, accompagné de ses acolytes, les sacoches pleines à ras bord de poudre de convoitise pour les envieux et de poudre à canon pour les belliqueux. Ils en jetaient des mille et des cents.

Beaucoup de poudre aux yeux pour les incrédules et de poudre d’escampette pour les voleurs à la tirette. Tancrède menait son groupe d’apprentis-mécréants qui lui obéissait au doigt et à l’œil. Il sema tellement de méchancetés que même ses anciens associés finirent par l’abandonner. Désormais seul, il marcha longtemps, réfléchit et parvint un jour jusqu’au village Sécoule.

En entrant dans le village, il ressentit un malaise nouveau, un battement rapide au creux de son cœur. Il pensait à se reconvertir en… en… en… Il n’en avait aucune idée… Il ignorait qui devenir… Il avait toujours semé la zizanie dans le cœur des gens.
Les Sécoulais étaient plongés dans un doux sommeil. Gaspard, qui avait un sacré flair et ne dormait que d’une oreille, renifla le cruel Tancrède passé par ici le mois dernier. Gaspard aboya très fort afin que tout le village l’entende. Il reconnaissait l’odeur du mécréant à des milles à la ronde. À cause de lui, les sœurs Mirabelle s’étaient fâchées. Il fallut six mois pour les réconcilier. Et les frères Grimaud s’ignoraient toujours, à cause d’une blessure d’amour. Les Sécoulais fermèrent à double tour portes et fenêtres, calfeutrèrent les cheminées, rentrèrent les animaux. Ils tremblaient des pieds à la tête.

Tancrède cria haut et fort :

« Ouvrez vos fenêtres, je ne vous ferai aucun mal. Voyez par vous-même, je suis seul. »

Aucun Sécoulais ne bougea.

Portes et fenêtres restaient closes. « Encore un stratagème de Tancrède ! », pensaient-ils. « Encore un subterfuge pour nous faire sortir et nous jeter ses poudres aux yeux, maléfiques et empoisonnées. »
Jusqu’à maintenant, Tancrède s’amusait en terrorisant les gens mais aujourd’hui il n’en n’avait plus envie. Il remit son baluchon sur le dos à la recherche d’un village plus accueillant. Il marcha longtemps, remua ses pensées afin d’imaginer quel nouveau métier il pourrait exercer : Ebéniste ? Peintre ? Pompier ? Joueur de flûte ?
Mais rien de tout cela ne le tentait… Il pensa même à redevenir le méchant Tancrède. Ça lui collait à la peau ce tempérament de mécréant !

Il arriva au village Sépalas. Le coq en l’apercevant, trembla des pattes à la crête. Il cocoricota haut et fort « Attention Tancrède est de retour ! » pour alerter le village, puis se réfugia dans le poulailler. Les Sépalassiens fermèrent à double tour portes et fenêtres, calfeutrèrent les cheminées, rentrèrent les animaux. Tancrède ressentit le même malaise que la veille, un battement rapide au creux de son cœur, mélangé à quelque chose d’autre.
Quelque chose de nouveau.
Une nausée au bord des lèvres.

« Ouvrez vos fenêtres, je ne vous ferai aucun mal. Voyez par vous-même, je suis seul. »

Un Sépalassien courageux cria :
— Va-t‘en ! On ne veut pas de toi !
— J’ai changé, je ne suis plus un mécréant !
— Qui es-tu alors ?

Tancrède réfléchit mais ne sut quoi répondre. Il toucha la poudre à canon dans sa sacoche et fut tenté de la jeter à tous les vents. Faire le méchant, c’est si facile ! Faire le méchant, c’est si grisant !
Non, c’est décidé, il ne sèmera plus de poudre aux yeux pour les incrédules, de poudre de jalousie pour les envieux, de poudre d’escampette pour les voleurs à la tirette, ni de poudre à canon pour les belliqueux. Il remit son baluchon sur le dos, traversa les dunes, les steppes, les étangs, les montagnes, les rivières et les océans. Il arriva au village de Sétissi où personne ne l’avait jamais vu. Pourtant, un chameau cria « Tancrède est là ! ». Les Sétissites fermèrent à double tour portes et fenêtres, calfeutrèrent les cheminées, rentrèrent les animaux.
Il ressentit le même malaise, un battement rapide au creux de son cœur, mélangé à quelque chose d’autre.
Quelque chose de nouveau.
Une nausée au bord des lèvres,
Une peine à fleur de peau.

« Ouvrez vos fenêtres, je ne vous ferai aucun mal. Voyez par vous-même, je suis seul. »

Les Sétissites l’écoutèrent car c’étaient des gens tolérants.
— Que veux-tu ?
— Je veux fabriquer de la poudre d’argile pour les chevilles fragiles,
Des kilos de poudre d’amande pour les gourmands,
Des tonnes de poudre de riz pour les mamies,
De la poudre colorée pour les feux d’artifice.

Les Sétissites applaudirent.
— Ici, il y a les matériaux nécessaires à la fabrication de toutes tes poudres.

Il ressentit un battement rapide au creux de son cœur, mélangé à quelque chose d’autre.
Quelque chose de nouveau.
Un sourire au bord des lèvres,
Une solidarité à fleur de peau,
Une joie au creux de son cœur.

Il n’y eut plus de chevilles fragiles, les gourmands furent repus, les mamies eurent un joli teint de pêche et les fêtes de Sétissi furent renommées pour leurs feux d’artifice. On vint de toutes les contrées pour les admirer. Parfois, des petites disputes éclataient. Mais la poudre de réconciliation faisait des miracles. Tancrède enseigna aux Sétissites l’art de créer des poudres miraculeuses qui fut transmis de génération en génération. Il vécut enfin heureux jusqu’à la fin de ses jours, entouré de nombreux amis fidèles et sa renommée s’étendit dans tous les villages alentours.


Histoire Pour Dormir de Régine Raymond-Garcia
Illustration de JAB
Via Short Edition